Robert DenoŽl, éditeur

Présentation des correspondants

 

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Pierre Albert-Birot

Pierre Albert-Birot (L'Ouest-Eclair, 18 mars 1936)

Né à Angoulème le 22 avril 1876, décédé à Paris le 25 juillet 1967, ce poète discret s'auto-éditait dès 1917 à l'enseigne des Editions Sic puis, au cours des années trente, à celle, toute théorique, d'Editions des Canettes. A quatre ou cinq reprises il avait confié l'édition de poèmes à Jean Budry, Louis Tschann ou François Bernouard, mais son seul éditeur avant la guerre, il le dit bien, c'est celui qui a accepté de publier Grabinoulor : Robert Denoël. « En l'assassinant, on m'a assassiné », déclarait-il en 1946.

Huit lettres [1933-1938] et deux contrats composent tout le dossier conservé par Mme Arlette Albert-Birot, qui m'en procura des photocopies le 23 mai 1980, accompagnées de cette appréciation : « Pierre Albert-Birot tenait Robert Denoël en sa plus haute estime. J’ai aussi maints petits textes - publiés - dans lesquels il fait allusion à ce magnifique éditeur. Son décès avait été ressenti par PAB comme une catastrophe, et sur le plan de l’amitié et sur le plan de l’Edition. »
  Deux lettres supplémentaires (20 décembre 1932 et 21 juillet 1936) m’ont été confiées en 2005 par Louise Staman, qui les a trouvées dans le fonds Carlton Lake conservé à l’Université d’Austin, Texas. J'ai consacré ici une page plus détaillée à Pierre Albert-Birot.

 

Antonin Artaud

Antonin Artaud en 1940

Né à Marseille le 4 septembre 1896, décédé le 4 mars 1948 à Ivry-sur-Seine. Sa rencontre avec Denoël date de 1927, alors que les deux hommes fréquentaient assidûment le Dôme et la Coupole à Montparnasse. Leurs relations deviennent plus étroites à partir de 1928, grâce à Jean de Bosschère. En 1929 Denoël lui édite L'Art et la mort, puis Le Moine en 1930, et Héliogabale en 1934. Ensuite survient l'épisode malheureux des « Cenci », qui crée une première rupture dans le ménage de l'éditeur. Denoël éditera encore Les Nouvelles Révélations de l'être en 1937, avant qu'Artaud n'entame la ronde des hôpitaux psychiatriques. Plusieurs lettres seront échangées jusqu'à 1944. Elles ont été mises en vente à l'Hôtel Drouot le 14 avril 2000.

Marc Barbezat

Marc Barbezat en 1988 [© Creative Commons]

Né le 26 novembe 1913 à Décines, décédé à Lyon le 26 avril 1999. Ce pharmacien épris de littérature avait créé en 1940 la revue L'Arbalète, que Denoël paraît avoir découverte « tout à fait par hasard » en décembre 1943. Apparemment l'éditeur ignore encore quel rôle joue Barbezat dans la publication de Notre-Dame des Fleurs, que Cocteau lui a demandé d'éditer dans la plus grande discrétion.

 

Jean de Bosschère

Jean de Bosschère à Londres en 1918

Né à Uccle le 5 juillet 1878, décédé à Châteauroux le 17 janvier 1953. C’est par Mélot du Dy que Denoël a connu Jean de Bosschère, qui s’était installé au 12 de l’avenue de Corbéra, dans le XIIe arrondissement, au début de 1926, avec sa compagne Elisabeth d’Ennetières. Son nom apparaît dans la correspondance de Denoël dès le 29 octobre 1926, soit deux semaines après son arrivée à Paris.

Les deux hommes ont conçu ensemble nombre de projets entre 1928 et 1938, dont certains se réalisèrent, d'autres non. Il n'en subsiste que trois lettres [1932-1935] déposées par Mme d'Ennetières aux Archives et Musée de la Littérature à Bruxelles [AML], avec la cote ML 2902/94 à ML 2902/96. Elle me permit de les utiliser par une lettre datée du 14 octobre 1979.

J'ai consacré ailleurs une notice biographique à Jean de Bosschère et publié ici le témoignage que Mme d'Ennetières avait rédigé pour un volume de souvenirs paru en 1967.

Joë Bousquet

Joë Bousquet à Carcassonne, années 1940

Né à Narbonne le 19 mars 1897 et décédé à Carcassonne le 28 septembre 1950. Poète et romancier, il fut gravement blessé au cours de la Grande Guerre : atteint à la colonne vertébrale par une balle allemande, il perdit l'usage de ses jambes et demeura alité le reste de sa vie. La plupart de ses écrits d'avant 1940, qu'il aurait voulu voir paraître à la NRF, furent édités par René Debresse et Robert Denoël, avec des fortunes diverses.

Denoël prit en charge trois romans : La Tisane de sarments en 1936, Le Passeur s’est endormi et Le Mal d’enfance en 1939. Les deux seules lettres qui subsistent de leurs échanges appartenaient à Mme Henriette Patau, sa sœur, et me furent transmises en 1979 par son ami et exécuteur testamentaire, René Nelli, avec cette note : « Joë Bousquet a été en excellents termes avec Robert Denoël mais je ne pense pas qu’il l’ait jamais rencontré. Ils ont dû échanger beaucoup de lettres. Mais je n’en ai jamais vu dans la collection que possède la sœur de Bousquet. Quant aux Cahiers ou Carnets, je les connais à peu près tous, et n’y ai jamais rien trouvé concernant Robert Denoël. »

 

Robert Brassy

Ecrivain-ouvrier né le 15 octobre 1910 à Saint-Pierre-de-Corneille (Eure), décédé à Pontault-Combault (Seine-et-Marne) le 19 septembre 1975. En juin 1943 Denoël lui a édité un roman : La Petit Musique. La seule lettre connue de l'éditeur date du 3 août 1945. Elle figure dans les Archives départementales de Paris sous la cote 1019 W 26.

 

André Brulé

Né le 3 mai 1900 à Paris, directeur de l’imprimerie parisienne « Les Impressions Modernes », devenue « S.L.I.M. » en 1945. Il était chargé d'imprimer les brochures patriotiques pour la jeunesse « La Guerre des hommes libres » et une édition de demi-luxe aux Editions de la Tour. Une lettre de Denoël, datée d'août 1945, figure dans les Archives départementales de Paris sous la cote 1019 W 26.

 

Christian Caillard

La seule lettre connue à Christian Caillard [Clichy 26 juillet 1899 - Paris septembre 1985] date de 1929 mais Denoël l'avait rencontré dès 1926 puisque le peintre vivait depuis 1921 avec Irène Champigny. A sa mort Maurice Loutreuil lui avait légué son atelier, et c'est avec les toiles du maître que Caillard et Champigny avaient lancé en 1925 leur galerie, rue Sainte-Anne. La lettre que je publie se trouvait dans le dossier Champigny que me confia Jean-Pierre Blanche en 1980.

 

Louis-Ferdinand Céline

Louis-Ferdinand Céline chez Denoël [Le Petit Parisien,  8 décembre 1932]

Né le 27 mai 1894 à Courbevoie, décédé à Meudon le 1er juillet 1961. La correspondance Denoël-Céline est capitale mais elle se résume souvent à des relevés de comptes, à des contrats contestés ou à de vrais litiges qui, en 1936 et 1939, ont mis en péril la société d'édition de Robert Denoël. Certaines lettres publiées proviennent d'archives, donc de doubles dactylographiés, sans signatures. Je les ai restituées en sachant que, seuls, les gérants avaient le droit de signer à la suite de la formule légale : « Les Editions Denoël et Steele » : Robert Denoël et Bernard Steele. Pour l'un, c'est d'emblée « Cher Ami ». L'autre lui donnera du « Cher Monsieur » jusqu'à son départ, en 1937.

 

  Blaise Cendrars

Blaise Cendrars en 1945 (photo Robert Doisneau)

Né Frédéric Sauser à La Chauds-de-Fonds le 1er septembre 1887, décédé le 21 janvier 1961 à Paris. Les relations entre Cendrars et Denoël pourraient remonter à 1929 lorsque, jeune libraire, Denoël participa à un concours d'étalages organisé par les Editions du Sans Pareil sur le thème : « L’œuvre de Blaise Cendrars ». Celui des Trois Magots, « où toutes les œuvres de Cendrars sont rassemblées, même les plaquettes rarissimes, même un manuscrit », avait retenu l'attention. En mai 1944 Denoël avait publié les Poésies complètes de l'auteur. Une lettre de Denoël, datée d'octobre 1945, figure dans les Archives départementales de Paris sous la cote 1019 W 26.

 

   Irène Champigny

Irène Champigny en 1930

Née le 24 janvier 1895 à Buzançais dans l'opulence, et morte misérablement le 13 mars 1956 à Mézels. J'ai retracé le parcours de cette femme d'exception sur ce site. Elle fut la protectrice discrète et attentive de Robert Denoël durant toute sa carrière, mais il ne le sut pas, ou alors trop tard. Une grande partie de leur correspondance fut perdue durant l'Exode de 1940, et ce qu'il en restait me fut confié généreusement, le 20 avril 1980, par Jean-Pierre Blanche, le fils de la première associée de l'éditeur : une soixantaine de lettres magnifiques écrites entre 1926  et 1938. Champigny avait perdu, on ne sait pourquoi, son prénom au cours des années vingt. J'ai plaisir à le lui restituer ici.

   Cécile Denoël

Cécile Denoël en 1937

Née Cécile Brusson le 19 septembre 1906 à Liège, et décédée le 20 janvier 1980 à Antibes, elle fut la seule épouse de Robert Denoël. Une importante correspondance existe mais reste calfeutrée dans leurs familles. Seul, Albert Morys, son second mari, en donna quelques extraits dans un volume de souvenirs intitulé « Cécile ou une vie toute simple » qu'il me confia en 1980, et que j'ai publié ici. J'ai consacré à Cécile Denoël une page de ce site.

 

  Robert Denoël

Ciné-Mondial,  21 novembre 1941

Plusieurs lettres adressées à l'éditeur font partie des correspondances que j'ai à publier. J'en ai donné le texte ou un résumé quand elles permettent d'éclairer le contexte des documents qu'elles accompagnent.

 

  Lucien Descaves

Lucien Descaves en 1932

Ecrivain naturaliste et libertaire [Paris 18 mars 1861 - Paris 16 septembre 1949], l'un des fondateurs du prix Goncourt, et l'un des soutiens les plus actifs au roman de Céline en décembre 1932. On ne connaît pas de correspondance de Robert Denoël à Descaves, hormis une petite lettre de mai 1936, retrouvée un peu par hasard sur l'Internet, sans indication de provenance.

 Luc Dietrich

Luc Dietrich en 1936 (photo André Papillon)

Né à Dijon le 17 mars 1913, décédé à Paris le 12 août 1944. L'amitié entre Dietrich et Denoël fut sincère. Ils avaient en commun un grand appétit de la vie, et une impécuniosité chronique, ce qui crée des liens. L'éditeur a bien servi la courte carrière de l'écrivain, ce dont témoigne un dossier de presse fourni. En 2011 Frédéric Richaud a publié dans sa biographie dix-neuf lettres que Denoël avait envoyées à Dietrich entre 1935 et 1942. Elles appartiennent à la famille de Luc Dietrich.

 

  Hubert Dubois

Hubert Dubois par Auguste Mambour, 1924

Né à Liège le 14 octobre 1903 et décédé dans la même ville le 27 avril 1965. Poète et instituteur, il fait partie dès 1920 des cénacles littéraires liégeois où l'on trouve, outre Denoël, les peintres Auguste Mambour et Edgar Scauflaire, et les écrivains Arthur Pétronio, Gille Anthelme, ou Georges Poulet. Entre 1924 et 1931 il a publié trois recueils de poèmes qu'on rattache au surréalisme.

Sa fille Monique, née le 23 décembre 1929, étudia les Beaux-Arts à l'Académie Royale des Beaux-Arts à Liège et publia entre 1954 et 1962 à Paris quatre romans fantastiques sous le pseudonyme de Monique Watteau, avant de s'orienter vers la peinture sous le nom d'Alika Lindbergh.

Quatre lettres [1924-1932] ont été mises en vente en novembre 2015 sur le site Internet eBay par la Librairie Bookinet [Bernard Lonjon] à Béziers, avec reproduction des autographes. Il s'agit sans doute d'un fragment d'une correspondance plus importante.

Robert Freund

Administrateur de Piper & C°, l'éditeur munichois qui avait acquis, le 30 décembre 1932, les droits de Voyage au bout de la nuit pour l'Allemagne. Une polémique s'était engagée entre Piper et Denoël à propos de la traduction allemande due à Isak Grünberg, dont l'éditeur allemand contestait la qualité. Une lettre de Robert Denoël à Freund, datée du 3 février 1933, a été publiée par Rudolf von Bitter (Bonn, Romanistischer Verlag, 2007).

 

 Gaston Gallimard

Gaston Gallimard (Le Figaro littéraire, 12 septembre 1953)

Né à Paris le 18 janvier 1881, décédé à Neuilly le 25 décembre 1975. Les relations entre les deux hommes ont toujours été hostiles, dès 1930 à cause de L'Hôtel du Nord, puis de Voyage au bout de la nuit, que « Gaston » regrettait d'avoir manqués. Il avait promis à l'éditeur de la rue Amélie de racheter sa maison : il tint parole en 1951. La seule lettre dont j'aie connaissance se trouve reproduite dans l'Album Pléiade de 2000 : Un Siècle Nrf.

 

Abel Gance

Abel Gance au cours des années 30

Né Abel Perthon à Paris XVIIIe le 25 octobre 1889, décédé à Paris XVIe le 10 novembre 1981. On ne connaît qu'un échange entre les deux hommes, à l'occasion de la cession, le 4 mars 1933, des droits cinématographiques pour l’Europe de Voyage au bout de la nuit. Document reproduit en 1985, sans indication de provenance, par J.-P. Dauphin et P. Fouché dans leur Bibliographie des écrits de Louis-Ferdinand Céline.

 

  Rémy Hétreau

Rémy Hétreau en 1945, autoportrait

Né le 31 janvier 1913 à Patay, dans le Loiret, décédé à Paris le 28 novembre 2001. A illustré deux ouvrages pour Robert Denoël : L'Hôtel du Nord d'Eugène Dabit en 1944, Le Mouchoir rouge du comte de Gobineau aux Editions de la Tour en 1945. Il avait aussi été pressenti par l'éditeur en août 1944 pour illustrer Mille Regrets d'Elsa Triolet, une édition qui ne vit pas le jour. En octobre 1979 Rémy Hétreau m'avait envoyé, outre un témoignage sur l'éditeur, cinq lettres que Robert Denoël lui avait adressées en 1943 et 1944.

Pierre Heyman

D'origine suisse, Pierre Heyman [1908-1988] et son frère Georges [1911-2006] ont secondé, entre avril 1935 et septembre 1939, Aloÿs Bataillard à la gestion de la Librairie des Trois Magots, 60 avenue de La Bourdonnais. Pierre Heyman ne fut pas mobilisé mais regagna ensuite la Suisse : c'est pourquoi Denoël lui procure en avril 1942 un « état de bons et loyaux services », en vue de sa réintégration dans la vie professionnelle suisse.

 

Le Corbusier

Le Corbusier en 1938

Né Charles-Edouard Jeanneret à La Chaux-de-Fonds, le 6 octobre 1887, décédé à Roquebrune-Cap-Martin, le 27 août 1965. On ne connaît qu'une lettre de Robert Denoël à l'auteur, conservée à la Fondation Le Corbusier. Elle concerne l'édition de son petit ouvrage : Entretien avec les étudiants des écoles d'Architecture, paru en août 1943.

 

Jeanne Loviton

Jeanne Loviton [Jean Voilier] en 1938

Née Jeanne Pouchard le 1er avril 1903 à Paris XVIIe, décédée à Paris VIIIe le 20 juillet 1996. Devenue Loviton en 1913 par le mariage de sa mère avec l'éditeur Ferdinand Loviton, elle fut successivement avocate, journaliste et éditrice. Maîtresse de Robert Denoël à partir de 1943, elle reçut de lui quantité de lettres intimes, dont elle voulut bien détacher une trentaine à mon intention, en 1985.

Pierre Marcot

Lecteur de Céline depuis 1932, Pierre Marcot [1915-1980] avait écrit, le 17 avril 1941, à l'écrivain pour se plaindre de ne trouver dans le commerce que des exemplaires expurgés de L'Ecole des cadavres. C'est Denoël qui lui répondit qu'une décision de justice de juin 1939 l'avait obligé à caviarder les volumes. On trouvera une notice détaillée sur Marcot dans l'ouvrage de Gaël Richard : Dictionnaire de la correspondance de Louis-Ferdinand Céline, 2012, page 114.

 

Mélot du Dy

Mélot du Dy en 1923

Né à Bruxelles le 27 octobre 1891, Robert Mélot est le fils du directeur de l'importante Imprimerie IMIFI qui imprimait L'Echo de la Bourse. Il publie ses premiers poèmes en 1910. En 1914 il adopte le pseudonyme de Mélot du Dy en hommage à sa femme, Blanche Dudicourt.

En mai 1922 Mélot participe avec Franz Hellens à la création du Disque Vert, dont il devient une des chevilles ouvrières. En septembre Denoël lui envoie trois poèmes pour la revue, qui ne sont pas retenus. Il publie depuis un mois ou deux des critiques littéraires dans Créer, une petite revue liégeoise d'art et de littérature née en mai, mais dont la diffusion n'est pas comparable à celle du Disque. En octobre il dédie une nouvelle à Mélot dans Créer et une correspondance s'établit : vingt-trois lettres seront envoyées au poète entre 1922 et 1928.

En septembre 1924 Denoël consacre à Mélot un bel article dans Les Cahiers Mosains et, en novembre 1925, il prononce à l'amphithéâtre de l'université de Liège une conférence sur « Mélot du Dy, poète ».

En décembre 1925 Mélot du Dy et sa famille quittent la Belgique pour Paris, avant de s'établir à Maintenon, en Eure-et-Loir. Denoël quitte Liège en octobre 1926 sans plan bien précis : « Peut-être du journalisme, peut-être un secrétariat de rédaction. »

Après un bref passage chez le libraire George Houyoux puis à la Galerie Champigny, il crée sa première maison d'édition en mars 1928, avenue de La Bourdonnais. Les fonds lui manquent et il commet peut-être alors l'erreur de solliciter Mélot pour un prêt de vingt mille francs, alors qu'il lui doit déjà de l'argent.

On ne sait s'il y a eu rupture entre les deux hommes mais on ne trouve plus d'échanges entre eux avant 1934. Mélot du Dy est rentré définitivement en Belgique en 1929 et il s'est fixé à Rixensart, dans le Brabant wallon.

 En mars 1933 il a proposé le manuscrit d'un recueil de poèmes, A l'Amie dormante, à René Laporte, directeur des Editions des Cahiers Libres - probablement sur le conseil de Franz Hellens. Mais Laporte est alors près du dépôt de bilan et la confection du volume traînera durant plus d'un an - jusqu'à ce que Denoël et Steele lui rachètent son fonds et les contrats en cours.

Denoël renoue ainsi avec lui et il lui éditera trois recueils de poèmes entre 1935 et 1937, à tirage très limité, malgré quoi on les trouvera soldés chez ses successeurs en juin 1947. Mélot du Dy est mort à Rixensart le 3 juin 1951.

Trente-et-une lettres de Robert Denoël à Mélot du Dy sont connues, dont vingt-trois appartenant aux Archives et Musée de la Littérature à Bruxelles [AML], avec la cote ML 4350/1 à ML 4350/23. L’autorisation d’en publier des extraits m’a été donnée le 13 octobre 1975 par Nadine Mélot, la fille aînée de l’auteur. Les huit autres, qui figuraient dans la succession de Jordaine Mélot, la fille cadette du poète, dont la bibliothèque a été vendue à Bruxelles le 8 décembre 2007, m'appartiennent, mais j'en ai donné copie aux AML. J'ai consacré ailleurs une notice biographique plus étoffée à Mélot du Dy.

 

   Victor Moremans

Victor Moremans en 1923

 

Né à Liège le 1er avril 1890, et mort dans la même ville le 17 décembre 1973, Victor Moremans avait fait ses humanités classiques au collège Saint-Servais. Mobilisé en 1914 et fait prisonnier, il fut interné durant quatre ans dans un camp près de Magdebourg. Engagé en 1921 comme rédacteur stagiaire à la Gazette de Liége, où il rencontre Simenon et Denoël.

Dès janvier 1975 sa fille Geneviève tint à ma disposition la correspondance que Denoël avait échangée avec son père entre 1925 et 1932. Des lettres ont dû se perdre après cette date, car le journaliste reçut les « services de presse » de Denoël jusqu'en 1939. En 1940 il « cassa sa plume » et ne reprit ses chroniques littéraires dans La Gazette de Liége qu'après la Libération.

Il en résulte une correspondance chaleureuse, amicale et littéraire, qui n'a n'a pas d'équivalent en France : vingt-deux lettres, toujours inédites.

Albert Morys

Albert Morys [Maurice Bruyneel] en 1942

Né Maurice Bruyneel à Paris le 24 mai 1915, décédé à Antibes le 24 janvier 1989. Comédien de théâtre et de cinéma sous le pseudonyme d'Albert Morys - par souci d'uniformisation, tous les renvois sont faits à ce nom, sur ce site. Rencontre le couple Denoël en 1936 et ne le quitte plus. Epouse Cécile Brusson, la veuve de Robert Denoël, le 10 janvier 1951. Deux lettres de Denoël, datées 1945, ont été retrouvées aux Archives départementales de Paris, sous la cote 1019 W 26.

 

Gaston Picard

Gaston Picard par Antoine Pazzi, vers 1930

  Journaliste, poète et romancier, membre influent du jury Renaudot (prix littéraire qu'il avait contribué à créer en 1926), Gaston Picard [Paris 18 janvier 1892 - Paris 9 mars 1962] fut favorable à l'éditeur de la rue Amélie à plusieurs reprises, sauf justement pour deux romans auxquels Denoël tenait particulièrement : Voyage au bout de la nuit et Les Beaux Quartiers. Sa seule lettre connue est conservée dans le fonds Carlton Lake de l’Université d’Austin, Texas.

 

Evelyne Pollet

Evelyne Pollet  en 1943

Née à Anvers le 12 août 1905 et décédée à Bruxelles le 10 février 2005. Quand elle publie, à l'âge de 19 ans, son premier roman : La Bouée (Bruxelles, La Revue Sincère, 1926), Evelyne Pollet a déjà rédigé quantité de contes et nouvelles : c'est un écrivain dans l'âme. La même année elle a épousé Robert Gevers, un ingénieur dont elle aura deux fils, et qui est cousin de la romancière Marie Gevers.
  En février 1933 elle écrit à Céline pour lui dire que son Voyage au bout de la nuit l'a bouleversée, qu'elle écrit elle aussi, et elle lui envoie un conte récent. Dès mai 1933 elle devient sa maîtresse dans un hôtel d'Anvers, et elle n'oublie pas de lui confier un manuscrit à remettre à son éditeur. Le 28 juin Céline lui apprend que son roman n'a pas été accepté rue Amélie. Elle retravaille son manuscrit qui est, lui aussi, refusé en septembre 1935. En mai 1936 elle confie à Céline, qui a « la tête en compote » après l'effort de Mort à crédit, le tapuscrit de Corps à corps : « Qu'en écrirais-je ? » lui répond-il, accablé.
  On ne sait exactement quels manuscrits furent soumis à Denoël entre 1933 et 1936. Evelyne Pollet a détruit toutes les lettres de l'éditeur qui ne lui étaient pas favorables. Seules subsistent celles qui concernent l'unique roman accepté rue Amélie : Corps à corps, rebaptisé Primevères par Denoël.
  J'ai le sentiment qu'Evelyne Pollet a subi le sort des dames qui usent de leurs relations pour faire publier leurs écrits. Peut-être même a-t-elle fait les frais d'une animosité latente entre Céline et Denoël.
   Subsistent vingt-cinq lettres datées de 1939 à 1943, relatives à Primevères, publié à la mi-septembre 1942 après plus de trois ans d’atermoiements qui n’étaient pas dus seulement à la guerre, puis à Escaliers, dont l’auteur estimait que c’était son meilleur livre, mais que Denoël n'eut pas le temps, ou ne voulut pas mettre en chantier.

Cette correspondance appartenait en 1979 à Mme Evelyne Pollet, qui la mit à ma disposition pour publication.

 

Georges Poulet

Georges Poulet en 1920

Né à Chênée le 29 novembre 1902, décédé à Bruxelles le 31 décembre 1991. L'un des plus anciens amis d'enfance de Robert Denoël, avec lequel il a fait une partie de ses études au collège Saint-Servais puis à l'université de Liège, avant de collaborer aux mêmes revues littéraires que lui : Créer, Les Cahiers Mosains, Le Disque Vert, Sélection.

Il ne subsiste de cette amitié que deux lettres conservées aux Archives Littéraires Suisses [SLA] de la Bibliothèque Nationale Suisse de Berne, sous la cote ALS Poulet-B-2-DEN.

Le 27 août 1979 Georges Poulet avait rédigé à mon intention un témoignage sur Robert Denoël, que j'ai publié ici.

 

  Robert Poulet

Robert Poulet vers 1925

Né le 4 septembre 1893 à Liège, décédé à Marly-le-Roi le 6 octobre 1989. Frère aîné de Georges, il fit des études d'ingénieur des Mines à l'université de Liège, sous la direction de Lucien Denoël, le père de Robert. Entre 1924 et 1926 Poulet publie plusieurs contes dans Sélection, la revue bruxelloise à laquelle Denoël collabore, lui aussi, mais les deux hommes ne se rencontreront qu'à la fin de l'année 1930, lorsque l'écrivain propose aux Editions Denoël et Steele son premier roman, Handji, qui paraît en février 1931. Denoël publiera, entre 1932 et 1944, cinq autres ouvrages de Poulet, dont l'essentiel de sa production romanesque.

Aucune correspondance n'a été retrouvée à ce jour, à l'exception d'une lettre du 20 février 1933 qu'il avait transmise à son frère concernant Les Ténèbres, que Denoël hésitait à publier. Elle figure dans le fonds Georges Poulet des Archives Littéraires Suisses de Berne sous la cote ALS Poulet-B-2-DEN. J'ai publié deux textes de Robert Poulet consacrés à son éditeur ici.

Jean Proal

Jean Proal au cours des années 30

Né à Seyne-les-Alpes le 16 juillet 1904, décédé à Avignon 24 février 1969. Denoël lui a édité cinq romans entre 1931 et 1945, ce dont témoigne une importante correspondance : 89 lettres de l'éditeur, restées inédites, que Mme Suzanne Proal, sa veuve, me communiqua le 13 octobre 1979 : « Je vous adresse le courrier original que vous me renverrez dès que vous n'en aurez plus besoin. Cela m'a paru le plus simple ». Une telle marque de confiance, exceptionnelle dans les milieux littéraires, se devait d'être soulignée. Ces documents furent déposés le 21 novembre 1985 aux Archives départementales des Alpes de Haute-Provence, où ils sont conservés sous la cote 7 J 1 à 7 J 18.

 

  Raymond Queneau

Raymond Queneau au cours des années 30

Né au Havre le 21 février 1903, décédé à Paris le 25 octobre 1976. Queneau s'est adressé à trois reprises à Robert Denoël pour lui proposer des manuscrits. En 1933, celui du Chiendent, qui fut refusé. En juin 1934, celui de son « Encyclopédie des sciences inexactes » consacrée aux fous littéraires, qui n'eut pas plus de succès. En juillet 1937, celui de Chêne et chien,  accepté à des conditions proches d'un compte d'auteur. Deux lettres à Raymond Queneau sont connues : elles ont été publiées en 2002 dans l'Album Raymond Queneau de la Pléiade.

 

  Rachilde

Rachilde vers 1940

Née Marguerite Aymery le 11 février 1860 près de Périgueux, décédée à Paris le 4 avril 1953. Femme de lettres sous le nom de Rachilde, épouse d'Alfred Valette, le directeur du Mercure de France, elle faisait partie en 1938 du jury du prix Femina. C'est à ce titre que l'éditeur lui adressa, le 12 novembre 1938, une lettre en vue de promouvoir le roman de Marie Mauron, Le Quartier Mortisson, qu'il venait de publier. C'est un document proposé sur l'Internet, avec reproduction de l'autographe, par un libraire parisien.

Lucien Rebatet

Ciné-Mondial,  23 octobre 1942

Né le 15 novembre 1903 et décédé le 24 août 1972 à Moras-en-Valloire. Denoël lui a édité deux ouvrages en 1941 et 1942. La correspondance de Denoël, inédite, se trouve aux Archives Nationales.

 

  Jean Rogissart

Jean Rogissart en 1937 (photo A. Papillon)

Né à Braux le 24 avril 1894, décédé à Joigny-sur-Meuse le 11 septembre 1961, cet instituteur ardennais aura été une exception dans le catalogue « parisien » de l'éditeur, qui ne manqua jamais de l'imposer dans des cénacles qui ne lui étaient pas destinés. Rogissart avait du talent : tout était dit. Je l'ai montré ailleurs. Leurs rapports furent tumultueux car l'éditeur impécunieux ne lui réglait pas ses droits d'auteur comme il s'y était engagé, et plusieurs procédures furent engagées, malgré quoi Jean Rogissart continua de lui adresser ses manuscrits car il lui avait reconnu une qualité singulière, celle d'aimer la littérature, et de se battre pour imposer ses choix.

Cette correspondance [35 lettres], qui s'étale de 1937 à 1944, appartient aux Archives Départementales des Ardennes à Charleville-Mézières. J'en ai reçu copie en juin 1980, avec autorisation de publication le 26 mai 2006.

 

Dominique Rolin

Dominique Rolin par Jean Cocteau, 1942

Née le 22 mai 1913 à Bruxelles, décédée à Paris le 15 mai 2012. Robert Denoël lui édita son premier roman, Les Marais, et elle fut sa maîtresse intermittente entre juillet 1942 et octobre 1945. L'éditeur lui envoya quelque 80 lettres, privées ou professionnelles, qui sont, depuis 2000, la propriété des Archives et Musée de la Littérature, à la Bibliothèque Royale de Belgique. En 2003 Mireille Fellous, l'héritière de Jeanne Loviton, a offert à la même institution sept lettres autographes de Dominique Rolin à Robert Denoël. Ce bel ensemble fera peut-être l'objet d'une publication. Frans De Haes en a extrait quelques bribes dans son essai Les Pas de la voyageuse, Dominique Rolin (Labor, 2006).

 

Marcel Sauvage

Marcel Sauvage en 1932

 

Poète, romancier, journaliste aux Nouvelles Littéraires, membre du jury Renaudot, Marcel Sauvage [Paris 26 octobre 1895 - Nice 4 juin 1988] était sans doute l'un des premiers chroniqueurs à avoir rencontré Robert Denoël à la Galerie Champigny, dont il était un visiteur assidu. En 1927 il avait publié chez Kra Les Mémoires de Joséphine Baker avec des illustrations de Paul Colin. Fantaisiste dans l'âme, il avait publié chez Denoël et Steele un roman farfelu, La Fin de Paris, qui obtint en novembre 1932 le prix Courteline. Mais Sauvage était bien plus que cela : il fit en 1933 un voyage au Congo qui fit date, se rendit en Espagne en 1937 au beau milieu de la guerre civile, et resta poète, ce dont Denoël rendit compte en publiant quatre de ses livres.

En juillet 1980 il me fit don de trois lettres de l'éditeur et de deux contrats d'édition : c’est tout ce qu'il avait conservé de Robert Denoël, mais il les accompagna d'un petit texte que, je ne sais pourquoi, je n'ai pas incorporé aux témoignages que j'ai publiés ailleurs. Je le fais donc ici :

« J’ai connu Robert Denoël comme vendeur dans une galerie de tableaux, c’est-à-dire bien avant qu’il soit éditeur et nous sommes devenus amis presque aussitôt. Je l’ai, plus tard, beaucoup fréquenté quand, associé avec André [sic] Steele, il est devenu mon éditeur. C’était un homme jeune, très doux, distingué, d’allure sportive. En tant que journaliste mêlé à la littérature, je me suis permis de lui donner des conseils, notamment pour le « Voyage au bout de la nuit » de L.F. Céline, qu’il hésitait à publier parce que les plus grands éditeurs en avaient refusé le manuscrit. J’ai pu obtenir de faire attribuer à ce livre le Prix Théophraste Renaudot (dont je suis aujourd’hui le doyen du jury) et qui eut un grand succès. Robert Denoël a su choisir de très bons manuscrits pour sa maison d’édition. Puis, hélas ! la guerre est venue et je dois, à ce propos, certifier qu’il hébergea, entre autres, André Breton [sic pour Louis Aragon ] - lequel n’hésita pas, plus tard, à le dénoncer en l’accusant, à tort, de collaboration. »

Elsa Triolet

Elsa Triolet en 1942

Née Ella Kagan à Moscou, le 12 septembre 1896, décédée le 16 juin 1970 à Saint-Arnoult-en-Yvelines. Denoël a édité ses quatre premiers livres. Sa correspondance avec Elsa Triolet et Louis Aragon se trouve à la Bibliothèque Nationale, fonds Triolet-Aragon.

 

Paul Vialar

Paul Vialar vers 1945

 

Né le 18 septembre 1898 à Saint-Denis, décédé à Vaucresson le 6 janvier 1996. Homme de théâtre puis romancier, Paul Vialar fut, entre 1938 et 1945, une des relations littéraires majeures de Robert Denoël, qui lui édita une pièce de théâtre et quatre romans, dont l'un obtint le prix Femina en 1939.

De leurs échanges, qui furent étroits, ne subsistent que cinq lettres de l'éditeur. En janvier 1980 Paul Vialar m'avait donné copie de deux d'entre elles, datées 1944 et 1945, en même temps qu'un beau texte d'hommage à son éditeur, que j'ai publié ici. Par la suite je lui ai consacré une notice bio-bibliographique sur ce site.

Sa succession fut complexe et un grand nombre de documents restèrent inaccessibles durant une décennie. Mme Véronique Vialar voulut bien me confier en 2008 trois lettres retrouvées, datant de 1943, mais il est probable que d'autres documents surgiront de ces volumineuses archives.