Robert DenoŽl, éditeur

Une pétition du personnel

des Editions Denoël

20 novembre 1945

 

   Lors de son procès en Cour de Justice, le 13 juillet 1945, Robert Denoël avait déjà pu compter sur une pétition des quinze membres du personnel des Editions Denoël, datée du 20 mai 1945, « attestant que l'éditeur s'était toujours montré un chef d’entreprise soucieux du bien-être moral et matériel de ses collaborateurs ; que, malgré la fermeture de la maison de juin à octobre 1940, il a continué à assurer leur subsistance ; que, malgré ses difficultés, il a gardé tout son personnel, évitant notamment les départs en Allemagne.

L’un d’eux, frappé par le S.T.O., s’est enfui à sa première permission avec l’appui de l’éditeur. Le personnel atteste qu’il a toujours aidé ses auteurs et continué à vendre leurs livres, et que plusieurs ouvrages qui lui sont reprochés aujourd’hui ont été imposés par l’occupant. »

En conséquence, les signataires exprimaient « le vœu de le voir reprendre la direction de ses affaires, persuadés comme les écrivains qui publient sous sa firme, comme les libraires de Paris et de province qui peuvent témoigner de la qualité de sa production, comme tous les fournisseurs, imprimeurs, brocheurs, relieurs et tous corps de métier qui ont concouru à la fabrication de ses livres, que l’activité de M. Denoël contribuera très utilement à la reconstruction française. »

Ce document, produit avec d'autres, par l'éditeur, aboutit à un classement de la procédure, mais, le 8 novembre, le Commissaire du Gouvernement informait Denoël qu’une plainte avait été déposée contre sa société d'édition, et l’invitait à produire un mémoire de défense dans un délai de dix jours.

C'est dans ce but que Denoël demanda à son personnel une nouvelle attestation, que tout le monde signa le 20 novembre 1945.

   D'une pétition l'autre, ce sont bien les mêmes revendications que signent les membres du personnel, à l'exclusion de la nouvelle direction représentée par Maximilien Vox et Raymond Pouvreau. Il n'y a, d'un texte à l'autre, aucune nouveauté notable.

   Ce sont les dates qu'il convient de relever. Le 8 novembre, Denoël est prévenu qu'il dispose de 10 jours pour présenter un nouveau mémoire en défense devant la Commission d’Epuration du Livre. Parmi les pièces qu'il a choisi de présenter figure cette pétition datée du 20 novembre.

  On peut supposer qu'il a obtenu un délai supplémentaire puisque la pétition doit lui être remise par Auguste Picq le lundi 3 décembre. Dans une lettre du 21 mai 1946 au juge Gollety, Armand Rozelaar écrit en effet que le carnet personnel de l'éditeur « révèle que le 3 décembre, à 12 heures 15, Robert Denoël avait rendez-vous au Café des Capucines avec son ami Picq. Ce dernier devait lui remettre ce jour-là une pétition signée de tout le personnel supérieur de la maison, pétition dont copie ci-jointe. »

Picq est plus précis, et il déclare aux enquêteurs : « Il m’a fixé rendez-vous pour le lundi 3 décembre à midi 30 à son domicile, 39 boulevard des Capucines. A ma connaissance, aucun tiers ne devait assister à ce rendez-vous car, d’habitude, il me recevait seul. »

Cette pétition est, en somme, la seule pièce rescapée du mémoire en défense disparu de l'éditeur.

 

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