Robert DenoŽl, éditeur

Lectrices de Céline 1932-1936

 

                                                                       C'est moi l'empressé, le galant Ferdinand,

                                           le tourbillon des dames !

 

Sauf la lettre d’un « agent forestier » publiée par Emile Zavie dans L’Intransigeant du 4 mars 1933, et une diatribe violente signée Jean Etcheverry dans Le Merle Blanc en 1936, on n’a pas beaucoup de témoignages quant à l’impact des romans de Céline sur ses lecteurs à l'époque de leur parution - et moins encore sur ses lectrices.

Il existait avant la guerre une revue hebdomadaire pour les dames appelée Femme de France qui, outre des sujets spécifiquement féminins, proposait des articles de fond sur les beaux-arts (René Dumesnil), la gastronomie (Alin Laubreaux), la littérature (André Billy), et publiait régulièrement des portraits de femmes écrivains fort bien venus.

Femme de France permettait aussi à ses abonnées de donner leur avis dans une rubrique très suivie : « La Ruche ». Elles s’appelaient familièrement des « Abeilles », signaient leurs messages de pseudonymes (pas plus stupides que ceux qu’on trouve sur nos blogs actuels), et se querellaient parfois sur des sujets divers, notamment la littérature. Un organe de presse précurseur de l’Internet et de nos réseaux sociaux, en somme. Au moment où paraît le roman de Céline, les « abeilles » n'en finissent pas d'épiloguer à propos du livre de Lawrence, L'Amant de Lady Chatterley, dont la traduction française est parue chez Gallimard quelques mois plus tôt.

Quel était le profil des lectrices de cette revue ? Jeunes filles, « femmes au foyer », retraitées ? Selon les patrons de modes proposés, tout cela en même temps. Aucune tendance politique affirmée mais, sachant que l'hebdomadaire avait commencé de paraître en 1915 sous le titre Mode et beauté, on comprend vite qu'il s'adresse à une classe sociale aisée. Ces dames étaient de ferventes lectrices et leurs références parfois déroutantes ; à deux reprises, l’une d’elles cite Giono à propos de Céline : je n'en ai pas retrouvé la source.

Voyage au bout de la nuit

Le 1er janvier 1933 André Billy avait, sans trop s’appesantir, rendu compte dans la revue de Voyage au bout de la nuit. Dès le mois suivant un débat passionné s’installait durablement à propos de Céline, de ses romans et de son style.

Le 19 février une abeille qui signe « Souris de bibliothèque » montre qu'elle lit la plupart des romans récemment couronnés : « J'ai trouvé Les Loups banal ; Le Pari, très quelconque ; La Maison des Bories ne casse rien. Au bout de la nuit est une ordure. On peut être aigri contre la société et savoir tout de même soigner son style et éviter les formes scatologiques. J'ai déjà lu des ouvrages aussi anarchistes autrement profonds et surtout plus littéraires. Et ils n'ont pas été couronnés, ceux-là ! Il est vrai, si j'en crois les diverses revues que je lis, que la plupart des prix sont surtout une affaire d'intrigues. »

Le 26 mars « Illusion » aborde à son tour le sujet qui fâche : « Quelles sont les Abeilles ayant lu Au bout de la nuit de Céline ? Ce livre m’a déplu. Car en plus du style Zola, que je n’aime guère, il est triste et morne, sans aucune éclaircie. »

Le 16 avril « La Chèvre de M. Séguin », une autre abeille, répond : « Nauséabond, corrosif, injuste, haineux et désespéré, mais puissant, cela vous prend aux entrailles. Au bout de la nuit, il y a les premières heures du jour. Je n’ai rien entrevu de tel à la fin de ce livre, affreusement déprimant. C’est pourquoi on ne peut le mettre entre toutes les mains. »

Le 23 avril « Mauresque » rétorque à « Souris de bibliothèque » : « Ecoute, Souris, sois franche et dis que Au bout de la nuit était trop dur pour tes quenottes mais, je t’en prie, ne raconte pas de bêtises. Ce livre est loin d’être anarchiste, il est humain avec le récit des tares humaines. Je félicite M. Céline d’avoir eu le courage d’écrire de si belles pages. Allons, Souris, tu n’as pas entendu les récits des tiens au retour de la guerre ? Tous les cas cités par l’auteur m’étaient connus ; tu dois être jeune, ou tu n’as pas roulé ta bosse, petite Souris, pour médire de ce livre. Je suis de ton avis en ce qui concerne les formes scatologiques, mais tu oublies qu’il fait parler un type spécial et là on ne s’embarrasse pas de rhétorique, tu as dû comprendre que les redites sont voulues. Bien entendu, ce n’est pas un livre pour la jeunesse. »

Dans le même numéro « L’Abusée » appelle à l’aide : « Abeilles, mes amies, voulez-vous me conseiller ? Mon mari insiste pour m’empêcher de lire le livre de Céline dont on parle tant : Voyage au bout de la nuit. Les polémiques qu’il a soulevées ont excité ma curiosité, je voudrais juger par moi-même. Ce livre, prétend-on, est d’une inspiration trop virile pour nous autres femmes. Sa vigueur est faite pour nous effrayer, pour heurter toutes nos fragilités... N’est-ce pas un peu blessant pour nous ? Pourquoi nous tenir à l’écart des tentatives hardies ? Pourquoi, sans les ressentir nous-mêmes, ne pourrions-nous comprendre et goûter les audaces de la littérature masculine ? »

Le 12 mai « La Victoire aptère » estime que « L’auteur aigri ne voit que la saleté de la misère, la bassesse dans l’être pauvre et souffrant. Que sont belles, par contraste, les tragiques brutalités d’un Giono ! Il distingue la beauté dans certains êtres misérables, peint l’ombre et la lumière. J’aime son opinion : " si Céline pensait tout ce qu’il écrit, il se serait suicidé " ».

Le 28 mai « La Pivoine » fait part de son avis sur deux livres : « Au bout de la nuit et Lady Chatterley ont suscité bien des polémiques. Je trouve qu’ils ne sont pas sans valeur. Le premier, de Céline, d’un style lourd, est difficile à lire, mais citez-moi quelque chose de plus serré que cette peinture de la vie aux colonies, de plus émouvant que la description des quartiers pauvres de Paris, de plus vivant que ce raté de docteur. Naturellement, le style ne rappelle pas celui de La Princesse de Clèves. »

Le 11 juin « La Douceur d’aimer » répond à « La Chèvre de M. Séguin » : « Ce que vous dites du livre de Céline résume toute ma pensée, mais je n’aurais pas su, comme vous, trouver les mots exacts pour définir mon impression. »

Le 2 juillet « Vent marin » considère Voyage comme « Un cauchemar malsain, mais non dénué d’intérêt. Dommage qu’il ait cru bon d’attirer l’attention sur lui par une langue scandaleuse, des tournures populacières fatigantes et un amour vraiment par trop immodéré de la scatologie. Dommage ! Il vaut mieux que ça. »

Le 9 juillet deux abeilles belges se disputent. « Belga » répond à « La Liégeoise » : « Le noir poison de l’époque c’est le pessimisme et il est cependant à la mode ; à ce sujet le livre de Céline, Le Voyage au bout de la nuit, est terrible ; il est admirablement écrit, prenant, malgré le sentiment de tristesse et de dégoût que l’on ressent devant ces centaines de pages démoralisantes et corrosives, mais il y a des passages noirs, malheureusement. Toutefois, je ne puis admettre cette vie entière qui se passe avec des gens tarés, malsains. Et si je faisais partie d’un jury, je ne décernerais pas le prix à une œuvre aussi malfaisante. Il me semble qu’en plus de la forme, il faut juger du fond, et que dans la période triste que nous avons depuis 1914, il faut rendre l’espoir et le courage à ceux qui sont abattus. »

Dans le même numéro « Deux Tarnagas » reproche sévèrement à « Mauresque » son jugement du 23 avril : « Il n’est pas vrai, Mauresque, que le livre de Céline soit beau ! Grande est l’humiliation d’appartenir à la race humaine, capable de produire d’aussi répugnants livres. »

« Souris de bibliothèque » n’a pas apprécié la « leçon » donnée le 23 avril par la même « Mauresque » et elle lui rétorque sur le mode célinien : « Si t’as lu Céline comme t’as lu mon courrier, je m’étonne pas que tu n’y aies rien compris. De mon temps, on apprenait à lire avant d’écrire. Tu me rappelles ma voisine qu’on a surnommée " le phonographe " et qui, comme toi, confond peuple et populace, bourgeois et esprit bourgeois, écrire et phraser, puissance et grossièreté. » D’autant qu’elle-même a vécu dans des milieux « qu’il te répugnerait peut-être d’approcher », conclut-elle.

Le 16 juillet « L’Oasis » répond à la question posée par « Illusion », le 26 mars : « Je suis de votre avis, si Au bout de la nuit de Céline a eu un prix littéraire, on peut croire que parmi les aveugles... Le fonds est bon, mais la forme mauvaise. Style Zola ? non, car Zola écrivait en français, et Céline, avant d’apprendre la médecine, aurait dû prendre des leçons de grammaire. Certains écrivains et ceux qui les couronnent se moquent tout de même un peu trop du public. »

Le 6 août « Majores Pennas Nido » n’y va pas avec le dos de la cuillère : « Abeilles amies, avez-vous pu faire jusqu’au bout le Voyage au bout de la nuit avec ce M. Céline ? Pouah ! quel cloaque ! On éprouve le besoin de faire une pleine eau dans sa baignoire, après pareille lecture. Dieu ! que je plains ce monsieur Céline ! »

Le 27 août « Sur la branche », qui n’a sans doute pas suivi la polémique depuis le début, pose une question dont on débat depuis plusieurs mois : « Que pensez-vous, Abeilles, de Voyage au bout de la nuit ? Je le lis au compte-gouttes, tellement le style en est vulgaire. Au bout de quelques pages, j’ai envie de me plonger dans un bain chaud. Le récit est cependant vif et alerte. Je n’ai encore aucune impression nette, n’étant qu’au commencement du livre et il est bien gros. Céline est bien courageux de noircir tant de papier. » Ces dames peuvent, heureusement, avoir recours à la baignoire d'eau chaude, dans les cas d'urgence.

Le 3 septembre « Deux Tarnagas » se fait incendier par plusieurs abeilles :
- « My Zette » : « Ne dites pas du mal du livre de Céline. Vous ne l’avez pas compris ! »
- « Carine » : « Céline ? Pas répugnant comme vous le dites ; c’est simplement une radiographie de notre bêtise et de notre méchanceté et il est parfois salutaire qu’on nous oblige à voir ce que nous nous efforçons de nous cacher à nous-mêmes avec tant de soin, par veulerie. »
- « Vampire » : « Céline vous fait honte ? Voilà ce que c’est que d’employer des verres roses pour se considérer soi-même et les autres ! Quant à Céline, il a vu l’humanité telle qu’elle est et non telle qu’elle veut paraître, et je ne pense pas qu’un médecin, ou un confesseur, voire un avoué, puisse le contredire sans risquer d’être taxé de niaiserie, d’aveuglement ou d’hypocrisie. » L’abeille belge nommée « Belga » avait qualifié d'admirable le style du livre, le 9 juillet, et « Vampire » s’insurge : « Bien écrit, le Voyage ? Pour une Belge, peut-être... »

Le 1er octobre « Panacée » se déclare célinienne sans réserve : « Et ce Voyage au bout de la nuit, cette grande fresque du cafard et de la misère humaine, il m’a plu, intégralement. Les " grossièretés " ? La vie n’en comporte-t-elle pas, elle aussi ? Quel idéaliste, au fond, ce Céline, pour avoir trouvé la vie si mauvaise, pour avoir renié l’idéal et toute poésie, comme il a dû souffrir ! J’ai prisé aussi beaucoup son humour, et ce qu’il dit de vérités, parfois ; il est " vrai " jusqu’au bout, lui-même ne craint pas de se mettre dans le " bain " ; si tous, hommes et femmes, sont mis à " la sauce caillou ", il a garde de s’abstraire et ne nous épargne rien de sa paresse, de sa lâcheté, de ses peurs, de ses dégoûts, tout cela est tellement humain ! Je le trouve grand, moi, le livre de Céline, c’est le voyage au bout d’une nuit qui n’en finit pas d’être désespérée... »

Le 8 octobre « Carine » propose une intéressante comparaison : « Qui a lu Le Coup de lune de G. Simenon et qu’en pense-t-on ? Il semble que l’auteur soit du même avis que Céline au sujet de la vie aux colonies. J’ai beaucoup aimé ce livre. »

Le 22 octobre « Mauresque » rétorque à « Lunette » : « Ayant dit ma pensée sur Céline, je vais encore et sans plus répondre à votre message. 1° J’ai digéré Céline parce que j’ai bon estomac. 2° Je trouve ce livre réaliste et non anarchiste. [...] Céline, puissant observateur doublé d’une courageuse sincérité, ne peut être comparé à Flaubert, Racine, etc. »

Le 12 novembre « Fantaisie » se dit surtout sensible aux animaux : « On peut penser, en lisant Céline, que l’homme est un très méchant animal, et certaines vérités prennent dans ces lignes parcourues d’autant plus de force, qu’elles y sont soulignées de mots crus, car à tout prendre, quand il s’agit de laideurs, la brutalité du style est supportable et peut-être moins choquante que l’hypocrite voile d’une forme doucereusement élégante, pour conter des histoires sales ; mais ce qui me navre comme une injustice et une ingratitude, c’est que le mot choisi pour condenser toute la malignité humaine soit celui qui désigne le paisible et doux animal, tout au service de l’homme et finalement sa victime, ornement de nos calmes campagnes ». On suppose qu’elle pense aux vaches.

Le 26 novembre « Milouly », qui a dû renoncer à lire le roman, le propose en échange : « J’offre contre un roman du Masque, à la première Abeille qui m’en fera la demande, le Voyage au bout de la nuit de Céline. »

Le 17 décembre « L’Ame ardente », sans doute impressionnée par tant d’avis sévères, hésite à empoigner ce Voyage : « Je n’ose lire le livre de Céline puisqu’il est jugé déprimant. J’avais pourtant grande envie de le connaître. »

Le 21 janvier 1934 « Vampire » revient sur la question du style : « Il est des Belges qui rendraient des points à maints Français, quant à la pureté de la langue. Mais ceux-là ne trouvent pas bien écrit le livre de Céline. Honnissant le fond du Voyage, « Belga » en vantait l’écriture, d’où de ma part, attribution de cette indulgence à la qualité d’étrangère de « Belga ».

L’abeille « Tanagra » lui réplique dans le même numéro : « Je regrette de vous contredire, mais j’ai autour de moi plusieurs médecins (je ne les crois ni niais, ni aveugles et encore moins hypocrites) qui n’apprécient pas du tout le Voyage au bout de la nuit. Vous avez d’ailleurs pu voir que les critiques des journaux médicaux n’ont pas été tendres pour leur confrère. De plus, j’ai connu bien des étudiants en médecine : certains n’employaient pas un langage châtié et ne posaient pas pour les bonnes manières ; aucun cependant ne parlait le langage fantaisiste du héros de Céline. Ecrire ce que personne n’avait osé avant lui serait parfait si cela répondait à quelque vérité, mais l’outrance de certaines scènes rapportées, le style superficiel, enlèvent toute véracité à son œuvre. »

Le 4 mars « Lunette d’approche » répond au message du 8 octobre de « Carine » : « Simenon, Céline et Londres, reporters ou écrivains au cœur vierge de toute compromission, ont porté sur nos colonies un regard objectif. Ils ont été vite édifiés sur les raisons fondamentales qui nous accrochent aux colonies. Ce sont ces raisons, qui n’ont rien à voir avec le patriotisme, qu’ils ont dénoncées. »

Le 25 mars « Le Temps des cerises » s’adresse à « L’Ame ardente » qui, le 17 décembre, craignait de s’aventurer dans le Voyage : « Lisez Céline, et ne craignez pas d’être déprimée. Cette lecture ne m’a rien laissé et je suis de l’avis de « Tanagra ». La brutalité du style n’est rien, c’est sa vulgarité et son français qui choquent. L’auteur aurait pu dépeindre les mêmes horreurs de la vie avec un style différent, il eût été plus poignant ; son dégoût exprimé sobrement eût eu plus de grandeur et de persuasion ; la laideur peut émouvoir, le vulgaire, jamais. »

Le 27 mai « Le Rare bonheur » est formelle : « Le soi-disant voyage à la Colonie de Céline est absurde, et indique qu’il n’y a jamais été. Quant au Coup de lune, de Simenon, ainsi que le disait très justement « Parfum d’éventail » [une autre Abeille], il devrait se nommer « Le Coup de bambou », mais c’est Simenon qui l’a reçu ! Le colonial abruti par le climat, le cafard et l’absinthe, quelle légende ! Lisez donc les articles d’Edouard Helsey dans Le Journal, qui sont parfaitement justes. »

Le 11 novembre « La Victoire aptère » note : « Pour celles qui prônent la Nuit de Céline, je relève cette belle vérité de Giono (dans La Femme morte) [?], adressée aux auteurs français : « Tous vos livres disent non à la vie. C’est facile d’être négatif, et je n’avais pas besoin qu’on m’y aide. Nous sommes loin de ceux qui écrivent m... cent fois la ligne pour faire croire qu’ils sont forts. Ne vante-t-on partout votre courage ? N’aurez-vous jamais que le plus bas ? »

Le 20 janvier 1935 « Aurore » émet cet avis définitif : « J’ai eu le courage de lire le Voyage au bout de la nuit jusqu’au bout. Quelle indigestion ! Céline m’a guérie à tout jamais de sa prose. »

Le 13 septembre 1936 « Sans prétention », qui a pris un peu de retard, propose aux autres abeilles : « Voulez-vous apprendre le beau langage à Louis-Ferdinand Céline qui m'a dégoûtée dans son Voyage au bout de la nuit ? »

Mort à crédit

Comme on peut s’y attendre, le deuxième roman de Céline provoque des réactions aussi excessives que le premier. S’y ajoute l’accusation de « pornographie », alors que les passages trop crus ont été censurés dans le volume destiné au public. Ces dames auraient-elles rempli les « blancs » du texte ?

Le 9 août 1936 « Oui, mon chien » a commis des excès de table et se dit « encore toute barbouillée » : « Mais peut-être est-ce d’avoir lu Mort à crédit jusqu’au bout ? »

Le 23 août « La Pivoine » se dit horrifiée : « A propos du dernier-né de Céline, Mort à crédit, je voudrais bien connaître l’opinion des Abeilles. Nous avons là matière à discussion pour trois mois. Ce livre dont on parle tant est à mon avis un livre pornographique. L’Amant de Lady Chatterley est bien innocent à côté. Quel dommage que Céline gaspille ainsi son talent, car il est indéniable qu’il a un don de conteur et d’observation très aigu. Mais que diantre a-t-il besoin de se servir toujours d’expressions triviales, d’argot incompréhensible, de gouaperies, d’ordures ? Chaque page vous réserve une scène dégoûtante ; on se demande si vraiment ces choses décrites peuvent exister. Et si elles existent, quel besoin de les étaler aussi indécemment ? »

Le 30 août « Swimmer » a lu le premier roman de Luc Dietrich, Le Bonheur des tristes : « Je n'aime pas lire un auteur qui se complaît dans l'ordure : Céline et Dietrich s'y roulent ! »

« Une Femme sur une galère » ne partage pas cet avis : « Le Bonheur des tristes est un livre étrange, plein d'histoires merveilleuses dans lesquelles des douceurs imprévues contrastent avec d'âpres pages. Luc Dietrich est un tout jeune écrivain, très fier et très noble. Il fait actuellement un long séjour dans une clinique où je vais souvent lui rendre visite. »

Le 25 octobre « Miss Néant » s’adresse à « La Pivoine » : « Vous avez donc eu le courage, malgré que le livre de Céline vous ait dégoûtée, d’aller jusqu’au bout ? Il ne vous a pas tant déplu que cela, alors... Pour ma part, à la troisième page, je n’ai pu continuer. Oui, vraiment dégoûtant et pourtant mon mari l’a trouvé à certains passages hilarant ; il est vrai que docteur lui-même, il n’y a là rien d’étonnant, étant habitué à ce langage d’internat, à toutes ces descriptions que l’auteur donne. Evidemment que cela existe, c’est bien parce que c’est la vérité, que c’est dégoûtant. J’ai lu votre message à mon mari et il m’a répondu que certains livres ne sont pas pour les femmes et que vous n’étiez pas obligée de le lire. »

Le 1er novembre « La Râleuse » répond à son tour à « La Pivoine » : « Vous ouvrez le ban, et en voilà, comme vous dites, pour trois mois d’une discussion... oiseuse. Vraiment ? Vous ne trouvez dans une œuvre de Céline ou Lawrence qu’insanités, trivialités, ordures et gouaperies ? Fichtre ! Bizarre quand même, que prudes et vertueuses, vous soyez toujours premières à avoir lu le livre sitôt sorti pour le couvrir d’opprobre. La tentation est donc si forte ? Comme ferait mieux dans la caisse des filleuls le prix de ce livre (assez élevé) puisque, après lecture, il ne vous reste qu’écœurement et surtout, oh ! surtout, que vous savez d’avance que c’est un livre pornographique (?) »

Dans le même numéro « Bettina » n'a pas été enthousiasmée : « Ai-je le nez trop fin ? Je n'ai pu terminer Mort à crédit. Cette accumulation d'ordures ne dégoûte même plus,  elle ennuie tout simplement. »

Le 22 novembre « Vampire », qui s’était manifestée deux fois à propos de Voyage, paraît avoir apprécié le nouveau roman : « J’ai des tas de reproches à adresser aussi à Céline, mais lorsque ce phénomène se mêle d’employer le langage orthodoxe, il y est maître, et pour l’humour, il ne craint personne ! Mort à crédit ne perdrait rien à être amputé du début et d’un tiers des turpitudes qui suivent, mais certaines scènes familiales, touchantes ou ignobles, et surtout l’épopée Courtial des Péreires, quel régal ! »

Le 20 décembre « Tanagra » paraît bien résignée à ne pas lire le roman : « Quant à Mort à crédit, j’admire autant la patience de Céline pour l’avoir écrit, que celle du lecteur capable de le lire. Je viens de recevoir ce volume, mais crains bien qu’il ne soit jamais coupé. » Sur quoi s’est-elle appuyée pour se faire une telle opinion ? La presse, peut-être ?

Le 27 décembre « La Pêcheuse de perles » a un avis bien arrêté sur le romancier : « Un roman de Céline fait toujours penser à la célèbre maxime : " Ce qui distingue des autres professions celle de littérateur, c’est qu’elle n’exige aucune connaissance spéciale, pas même celle du français ". »

Le 3 janvier 1937 « La Pivoine » n'a pas goûté les réflexions de « La Râleuse », le 1er novembre : « La Râleuse trouve bizarre que je n'aime pas les livres pornographiques. Comme on dit ici : il faut de tout pour faire un monde, ce à quoi La Râleuse pourrait rétorquer : " Si vous n'aimez pas ça, n'en dégoûtez pas les autres ". Je continue cependant à dire que Mort à crédit de Céline m'a écœurée. Je ne pense pas que ce soit un livre à mettre dans des mains de femme. La pornographie s'y étale avec ostentation. Céline n'épargne aucun détail ordurier, précis. M. Billy, j'attends vos paroles autorisées pour juger ce livre. Je lirai avec plaisir votre opinion. J'ai lu au hasard une cinquantaine de pages et je n'ai pu continuer et, avec « Bettina », je répète qu'il y a dans ce livre une accumulation d'ordures. » André Billy avait déjà rendu compte du livre, sur le mode ironique, dans L'Œuvre, le 24 mai 1936.

Le 10 janvier « Sur la branche » l'a lu attentivement : « Ce livre cynique, voire dégoûtant, qu'assurément je ne lirai pas deux fois, fait malgré tout une forte impression. Avec son style, qui n'en est pas un, Céline nous fait prendre en pitié ces petits besogneux, écrasés par le destin, qui suintent la tristesse, l'aigreur et la rancune. Comment un enfant, grandissant entre cette mère Jérémie et ce père moralisant ne deviendrait-il pas abruti ? Il y a cependant des scènes hilarantes : le premier voyage en auto, la visite de l'exposition et surtout la traversée de la Manche ; et en fin de compte, ce type héroï-comique qu'est l'escroc ès inventions. Le tout aurait pu être un peu plus court. Est-ce que Céline est médecin dans ces quartiers ou est-ce son milieu natal ? »

*

Un autre hebdomadaire féminin de cette époque, Les Dimanches de la Femme, donnait lui aussi la parole à ses lectrices dans la rubrique « La Moisson ». Les abonnées sont des « Moissonneuses » et signent leurs messages de pseudonymes fleuris. C'est une revue de même tendance que la précédente, qui paraît depuis 1922 en supplément de La Mode du jour. Ici, la polémique tourne court assez rapidement.

Le 6 août 1933 « The Self made woman » pose la question : « Qui a lu le livre savoureux de F.L. Céline : Voyage au bout de la nuit ? J’estime, quant à moi, que ce livre serait un chef-d’œuvre si l’ironie froide de l’auteur, au lieu de s’étendre sur plus de 600 pages, était concentrée sur 200 seulement. Mais j’entends d’ici les protestations des lectrices pudibondes, qui crient au scandale !... Et, ma foi, elles auraient tort... »

Le 24 septembre « Bleu marine » lui répond : « J’ai lu aussi Voyage au bout de la nuit, de Céline. Voilà un livre de psychologie anarchiste, cru, presque grossier, mais bien rempli, cela change un peu des livres où l’absence d’inspiration et d’esprit de l’auteur est remplacée par des blancs, des lignes de points et des phrases rachitiques. Et... avez-vous lu ce livre avec la permission de votre maman, sympathique affranchie ? »

Le 5 novembre « Pot-au-feu » lui répond à son tour : « Tous les avis ne sont pas les mêmes ; le livre de Céline m’a profondément déplu, ou plutôt ennuyée ; je n’ai pas pu aller jusqu’à la fin. »

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A plusieurs reprises des lecteurs de cette époque ont dénoncé la peinture célinienne de la colonie africaine où séjourne Bardamu, assez proche de celle de Simenon dans Le Coup de lune, paru en avril 1933. La Bambola-Bragamance de Céline était située au Cameroun ; le roman de Simenon se passait au Gabon.

Le 26 octobre 1933 Chantecler, un hebdomadaire qui paraissait à Hanoï, avait donné la parole à l'un de ses lecteurs qui tenait à protester contre les « outrances » qu'il avait trouvées dans Voyage au bout de la nuit.

Dans son chapeau de présentation le journaliste rappelait que J. Blache, l'un de ses confrères au Midi Colonial, avait protesté « contre les écrivains, soi-disant coloniaux, qui empoisonnent l'opinion publique et font œuvre désagrégeante. Il est de ceux qui disent : il faut se défendre contre ces gens-là ; ce sont de vulgaires malfaiteurs. Et l'on ne saurait leur donner tort. C'est d'ailleurs un très ancien colonial, écrivain de grand talent lui-même, qui m'écrit sa protestation dont voici un extrait » :

« Je viens de lire Voyage au bout de la nuit. C'est un livre puissant, incontestablement, mais il pourrait s'intituler " Voyage au bout de l'outrance " : voici plus de vingt ans que je bourlingue dans la brousse congolaise et n'ai jamais rencontré les coloniaux que dépeint Céline. Je n'ai jamais vu non plus de factorerie aussi miteuse ; c'est absolument invraisemblable. N'importe quel broussard, à moins d'être une larve, se bâtit un nid coquet, c'est si facile, et il a basse-cour, potager, verger, etc. La colonie du docteur Destouches doit se trouver dans une autre planète. Connais pas, franchement, connais pas. Est-ce aussi avec les sous-hommes qu'il dépeint, que la France a pu se constituer un si magnifique empire colonial ? Ces pages outrancières sont au fond une mauvaise action. L'a-t-on dit ? Cela devient maintenant une mode, pour quantité d'écrivains ou d'écrivassiers, qui veulent se faire une réclame de mauvais aloi, de dénigrer les coloniaux et leur œuvre. La plupart de ces gens n'y connaissent rien et n'ont vu les choses que très superficiellement, etc, etc. »

Le journaliste de Chantecler concluait : « Tout ce qui précède est malheureusement trop exact. Mais je dois avouer que, pour ce qui concerne ce bouquin, je ne l'ai pas encore lu et ce que m'en dit mon ami congolais me décide à ne pas en faire l'acquisition. Enfin, en ce qui touche la moralité ou l'immoralité de certaines publications, reconnaissons que le plus coupable est celui dont les goûts encouragent les auteurs à produire des aliments qu'il recherche. Les romanciers sont un peu comme des fabricants de brioches, ils ont besoin de les vendre, et doivent les assaisonner au goût de leur clientèle. C'est évidemment regrettable, mais à qui la faute ? »

Personnellement, je préfère les lectrices anonymes citées plus haut, qui, avant de se faire une opinion, lisaient le roman dont on faisait la critique. Mettons que chez le journaliste de Chantecler, c'est la solidarité entre coloniaux qui a prévalu.

*

 

Une journaliste anti-célinienne virulente et méconnue : Lucienne Simmer

 

 

L'Homme Libre est un quotidien créé le 5 mai 1913 par Georges Clemenceau et qui a cessé de paraître le 10 octobre 1939. C'était un journal de quatre pages qui faisait la part belle à la politique mais qui consacrait chaque jour une ou deux colonnes à la littérature. Paul Lombard [1889-?] fut son chroniqueur littéraire hebdomadaire entre 1925 et 1939, tandis que Lucien Peyrin y publiait ses billets journaliers entre 1927 et 1937.

Peyrin titrait ses petites chroniques : « Courrier littéraire » dont il signa la dernière le 3 avril 1937. Le domaine littéraire journalier restait vacant et il fut pris en charge par une demoiselle d'origine juive qui s'appelait Lucienne Simmer. On ne sait d'où elle venait, ni d'ailleurs où elle fut ensuite, car sa carrière journalistique se limita apparemment aux 125 articles qu'elle donna au journal entre le 2 février et le 8 décembre 1938. C'était un caractère bien trempé et elle en fit la preuve dès son entrée en scène.

D'emblée elle choisit de modifier le titre de la chronique qui devient : « Les Lettres, chaque jour » mais elle en change aussi le ton car elle est d'esprit classique : « Si les choses de l'esprit semblent être tombées en désuétude, le public est seul en cause qui semble s'y intéresser moins. Et pourtant , qui pensait que Molière était encore de saison avant que Louis Jouvet ne s'emparât de L'Ecole des femmes et, par son entremise généreuse, ne lui donnât une seconde vie. Que penser alors ? Chacun est hanté par le « déjà vu ». Il faut de l'original. Mais que je sache, l'original est là, à chaque nouvelle œuvre. Que lui reproche-t-on ? D'être dit en français ? Peut-être. C'est ce qui fit pour une grande part le succès foudroyant du Voyage au bout de la nuit de Céline. Toute une horde de snobs se rua sur le livre, qui, dédaigneux d'Anatole France, voua aux flammes éternelles Racine et tous les autres qui sont nos gloires les plus pures. » [2 février 1938].

Bagatelles pour un massacre venait de paraître. Paul Lombard avait escamoté son compte rendu par une longue citation tirée du livre [10 janvier], et Emmanuel Berl lui avait consacré deux colonnes sur le mode du pastiche [21 janvier]. Tout cela ne plaisait pas à Lucienne Simmer qui considérait ce livre comme une vilenie, ce qu'elle confirma dans son billet du 3 février, consacré aux « romans fleuves », où l'ouvrage de Céline n'avait pas vraiment sa place :

L'Homme Libre,  3 février 1938

Le 16 février elle évoque à nouveau Céline à propos d'un ouvrage paru aux Editions de France, signé XXX mais dû à Fayolle-Lefort : Est-ce que je deviens antisémite ? :

L'Homme Libre, 16 février 1938

Son billet du 10 mars est consacré à la poésie et notamment à celle de Francis Carco, qui avait publié trop discrètement sa Chanson tendre en 1935 : les poètes ne sont plus entendus, car les snobs leur préfèrent une écriture plus canaille, comme celle d'un autre Montmartrois à la mode :

L'Homme Libre,  10 mars 1938

Lucienne Simmer a vu Chéri-Bibi au cinéma, qui l'a déçue : combien plus passionnantes étaient ses aventures lorsqu'il n'était que personnage de roman... Elle s'est replongée dans les volumes de Gaston Leroux et de Maurice Leblanc et s'est aussitôt sentie mieux :

L'Homme Libre,  29 mars 1938

La semaine suivante elle a relu avec plaisir La Vie littéraire où Anatole France étrillait durement Emile Zola. Son jugement, assure-t-elle, aurait pu tout aussi bien s'appliquer à un pamphlétaire à la mode :

L'Homme Libre,  8 avril 1938

L'intrépide chroniqueuse n'a peur de rien : un lourd pensum de 850 pages vient d'être mis dans le commerce par le Commissariat du Peuple à Moscou et elle en fait une critique impitoyable, sans oublier de donner un petit coup de patte à son ennemi personnel :

L'Homme Libre,  13 avril 1938

André Gide a rendu compte de Bagatelles pour un massacre dans La NRF du 1er avril sous le titre : « Les Juifs, Céline et Maritain ». Lucienne ne manque pas d'en avertir ses lecteurs :

L'Homme Libre,  20 avril 1938

Le 4 mai Jean-Pierre Maxence [1906-1956] a consacré au pamphlet de Céline un article enthousiaste dans Gringoire. Dès le lendemain Lucienne trempe sa plume dans le vitriol. Il ne lui suffit pas de détester le style de Céline, elle ne peut souffrir que d'autres lui trouvent du talent :

L'Homme Libre,  5 mai 1938

Son billet d'humeur du 17 septembre est consacré à l'inspiration littéraire contemporaine, qu'elle trouve bien fade :

L'Homme Libre,  17 septembre 1938

La semaine suivante Lucienne Simmer revient à nouveau sur ce qui motive la plupart de ses chroniques : le beau style. C'est ce qu'elle reprochera toujours à Céline : avoir bousculé l'écriture classique.

L'Homme Libre,  21 septembre 1938

Sous le titre « Décadence » la journaliste consacre l'un de ses derniers billets aux prix littéraires de fin d'année, dont on ne parle guère. Curieusement c'est le seul où elle accorde à Céline quelque qualité - qui n'est pas d'ordre littéraire :

L'Homme Libre,  1er décembre 1938

Ici s'achève sa petite gué-guerre esthétique et idéologique avec Louis-Ferdinand Céline. Mais Lucienne Simmer était aussi une femme libre et se souciait peu des chapelles littéraires. Ainsi elle n'hésitait pas à écrire à propos d'un roman mièvre de Jean Voilier, la protégée de Paul Valéry, qui venait de publier Jours de lumière chez Emile-Paul :

L'Homme Libre,  26 novembre 1938

 

Est-il possible qu'une telle plume ait disparu de la presse sans laisser de traces ? Une partie de la réponse se trouve dans L'Homme Libre du 12 octobre 1938, qui annonce que le commissariat général de l'Exposition internationale qui se déroulera à San Francisco au début de l'année suivante a constitué son cabinet : Lucienne Simmer en a été nommée secrétaire. Le sénateur socialiste René Gounin [1898-1983], lui-même collaborateur de L'Homme Libre, était sans doute à l'origine de cette nomination.

L'Homme Libre,  12 octobre 1938

Cette « Golden Gate International Exposition », destinée à célébrer l'ouverture des deux principaux ponts qui enjambent la baie de San Francisco (le Bay Bridge et le Golden Gate Bridge) eut lieu en deux temps : du 18 février au 29 octobre 1939, et du 25 mai au 29 septembre 1940.

Entre ces dates la guerre a éclaté en Europe et la France a été occupée. On peut imaginer qu'en raison de ses origines juives, la journaliste a préféré demeurer aux Etats-Unis. Elle a dû rentrer en France au cours des années 50 : on retrouve brièvement son nom en 1956 dans la revue mensuelle Marco Polo appartenant au Club français du Livre, qui parut de 1954 à 1957.

Ce qui ne manque pas de surprendre est que Lucienne Simmer, à la plume si bien affûtée, n'a, en réalité, jamais rendu compte d'aucun livre de Louis-Ferdinand Céline.

 

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Cet hebdomadaire du cinéma français commença de paraître le 22 novembre 1928. Son 603e et dernier numéro date du 5 juin 1940. Financièrement soutenu par L'Intransigeant, le journal de Léon Bailby, Pour vous avait pour rédacteur en chef Alexandre Arnoux et comptait parmi ses rédacteurs Nino Franck, René Clair, Lucien Wahl, Aimée Barancy. La présence de Céline dans ses pages n'a rien de surprenant puisque la revue est un avatar du quotidien où l'on croise parfois les mêmes signatures.

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Le n° 240 contient un article de Claude Vermorel intitulé « Dubout et le cinéma ». D'emblée le critique compare le caricaturiste marseillais à son « cousin » parisien :

Pour vous,  n° 240,  22 juin 1933

 

Dans le n° 261 Marcel Sauvage entreprend une enquête sur la situation du cinéma chez les écrivains et les artistes. Les premiers interrogés sont Paul Morand et Georges Simenon. Dans son introduction, Sauvage écrit :

Pour vous,  n° 261,  16 novembre 1933

 

La chronique « Studios et plein air » du n° 292 contient un écho relatif au départ de Céline pour les Etats-Unis :

Pour vous,  n° 292,  21 juin 1934

 

Le n° 297 contient une pleine page consacrée aux « Jeunes premiers français », parmi lesquels Jean Servais, un comédien d'origine anversoise qui aime la littérature : « Si j'étais millionnaire, je ferais peindre les Fables de La Fontaine sur mes murs », déclare-t-il, mais il lit aussi les auteurs contemporains :

Pour vous,  n° 297,  26 juillet 1934

 

Dans le n° 299 un écho révèle que l'adaptation cinématographique de Voyage au bout de la nuit à Hollywood n'est plus à l'ordre du jour :

Pour vous,  n° 299, 9 août 1934

 

Dans le n° 305 Jean Vidal rend compte du film de Jean Vigo : Le Chaland qui passe, avec Michel Simon et Dita Parlo. Son titre originel était L'Atalante. Une semaine après sa sortie en salle, le 12 septembre 1934, il était interdit par la censure - comme son film précédent, Zéro de conduite (1933). Le 5 octobre Vigo était emporté par une scepticémie, et c'est Louis Chavance qui fut chargé de le remonter, c'est-à-dire d'en supprimer plusieurs scènes. On débaptisa l'œuvre en lui donnant le titre d'une chanson à la mode de Lys Gauty qu'on avait substituée à la musique envoûtante composée pour le film par Maurice Jaubert [« Imaginez qu'au milieu d'une représentation de Pelléas, l'orchestre exécute soudain " Parlez-moi d'amour " », s'était insurgé Claude Aveline]. Archétype du film maudit, maintes fois mutilé, L'Atalante n'eut aucun succès. On le considère auourd'hui comme l'un des plus films les plus novateurs du cinéma français parlant des années trente. Pour l'anecdote, Gen Paul y fait une apparition : il est « l'invité qui boîte ».

« Il ne s'y passe à peu près rien ; mais chaque image apporte avec elle une évocation, une sensation nouvelle. Une atmosphère d'angoisse et de désespoir, créée par des moyens très simples, enveloppe chaque tableau. On y sent de la sincérité et de la pitié, peut-être aussi une sorte de sourde révolte. Mais, sans doute, n'est-ce point là un film très spectaculaire. Il laisse à chacun une impression de malaise et, parfois, il déroute le spectateur par le mépris du style, des conventions habituelles du cinéma. » Le critique conclut ainsi son article :

Pour vous,  n° 305,  20 septembre 1934

 

A la rubrique hebdomadaire « La Parole est aux spectateurs » du n° 332 figure une curieuse lettre signée « G. Sigaux, Paris » dont on ne sait s'il s'agit du futur écrivain [1918-1982]. Le sujet proposé était : « Quelles œuvres voudriez-vous voir interpréter à l'écran ? » Ce sont des livres de Pierre Benoit, Colette, Maurice Leblanc, Alain Fournier et Jean Cocteau qui arrivent en tête. Les autres sont cités « en vrac » mais le texte de Sigaux est si pertinent que la revue l'a reproduit en entier :

Pour vous,  n° 332,  28 mars 1935

 

Le n° 349 contient une interview de Winna Winfried par Aimée Barancy. La jeune comédienne née en 1914 à Copenhague, qui fut en 1932 l'héroïne de La Nuit du carrefour de Jean Renoir, y parle de ses projets immédiats, notamment avec Jacques Deval :

Pour vous,  n° 349,  25 juillet 1935

 

Dans le n° 388 Aimée Barancy consacre une pleine page au surnaturel à l'écran : « La merveilleuse histoire du Golem », et passe en revue plusieurs réalisateurs de « merveilleux » et de « fantastique ». La notice d' Abel Gance est assez inattendue :

Pour vous,  n° 388,  23 avril 1936

 

Le n° 425 contient un article signé Doringe : « Gabin le silencieux ». La journaliste l'a rencontré chez lui à Neuilly et l'a trouvé « plus misanthrope, plus sur la défensive » :

Pour vous,  n° 425,  7 janvier 1937