Robert DenoŽl, éditeur

Jean L'Hermite

 

Colonel d’aviation en retraite, 63 ans en 1945, habite un appartement situé au 6e étage du 142 bis rue de Grenelle, immeuble faisant face au boulevard des Invalides.

Dans son rapport du 25 janvier 1946 l’inspecteur Ducourthial donne le texte de la déposition qu’il a faite le soir même du meurtre :

« Je me trouvais dans une des pièces de mon appartement dont la fenêtre donne sur la rue de Grenelle, juste en face du boulevard des Invalides, lorsque dans la soirée du dimanche 2 décembre, à une heure que je ne saurais préciser, j’entendis successivement et à courts intervalles, d’abord crier ‘Au voleur’ puis la détonation d’un seul coup de feu, suivie immédiatement d’un grand cri.

Ouvrant aussitôt ma fenêtre, ma femme et moi avons aperçu un rassemblement de plusieurs personnes à l’angle de la rue de Grenelle et du boulevard des Invalides, sur le trottoir du ministère du Travail.

Nous n’avons vu personne s’enfuir par le boulevard des Invalides que nous contrôlons de notre fenêtre. »

Dans son rapport du 15 novembre 1946 l’inspecteur Ducourthial, qui a revu le témoin entre-temps, écrit :

« Nous avons par ailleurs tenu à faire préciser par M. de L’Hermite Jean, âgé de 64 ans, colonel d’aviation en retraite demeurant 142 bis rue de Grenelle, ce qu’il nous a dit à ce sujet, le 3 décembre 1945. Dans ses déclarations consignées par procès-verbal n° 17, il ne peut se montrer affirmatif en raison du doute semé dans son esprit par la question, mais il dit :

" Je ne puis que confirmer les déclarations que j’ai faites au lendemain du meurtre. Si j’ai déclaré à l’époque avoir entendu successivement et à court intervalle, d’abord crier ' au voleur ’ puis la détonation d’un coup de feu suivie immédiatement d’un grand cri, c’est que j’avais réellement enregistré cela. " »

Dans une lettre du 26 avril 1950 au juge Gollety, Armand Rozelaar écrit :

« Dans une note précédente, j’avais déjà analysé les conclusions qu’il convenait de tirer des dépositions de trois autres témoins, à savoir : le Colonel L’Hermite, Mr Pavard, concierge à l’époque 142 bis, rue de Grenelle, et le Garde républicain Gérard.

Il en résultait, en effet, qu’au moment même où le crime était commis, personne n’avait vu un ou plusieurs individus s’enfuir, soit par le boulevard des Invalides, soit par l’esplanade, soit par la rue de Grenelle, qu’au contraire, au moment même du coup de feu, le Colonel L’Hermite avait vu un rassemblement autour d’un corps allongé sur le trottoir, et que peu après le Garde républicain Gérard avait vu deux hommes tourner le coin de la rue de Grenelle.

C’est le terme de " rassemblement " prononcé par le Colonel L’Hermite qui m’avait un instant laissé songeur. Un détail, cependant, avait retenu mon attention : ni M. Pavard, concierge, ni le Garde républicain, Gérard, ni le colonel L’Hermite n’avaient déclaré qu’ils s’étaient précipités sur les lieux au moment où ils s’étaient rendus compte qu’un crime avait été commis. »

Dans son rapport du 25 mai 1950, l’inspecteur Voges écrit :

« Le colonel L’Hermite, aujourd’hui décédé, demeurant alors 142 bis rue de Grenelle, immeuble situé juste en face des lieux du drame, alerté par les cris de la victime et un coup de feu, qui se trouvait dans son appartement situé au 6ème étage, a dit s’être porté rapidement à la fenêtre de son appartement, donnant sur la rue de Grenelle, face au boulevard des Invalides, et avoir aperçu en l’ouvrant, sa femme et lui, un rassemblement de plusieurs personnes à l’angle de la rue de Grenelle et du boulevard des Invalides.

Une chose est assez surprenante, c’est que le colonel L’Hermite et sa femme aient pu voir aussi rapidement un rassemblement. Sur ce point, alors qu’apparemment M. Lévy et son ami Hanoteau, premiers témoins qui aient découvert la victime, ne semblent avoir vu à leur arrivée personne autour du corps, ni dans le voisinage, et que ce n’est que lorsqu’ils sont revenus sur les lieux, accompagnés de l’agent Testud, dit M. Lévy, que plusieurs personnes se trouvaient autour de la victime.

On peut donc supposer que le colonel L’Hermite n’a ouvert sa fenêtre qu’après le retour de M. Lévy et de son ami sur les lieux en compagnie de l’agent Testud, qu’ils sont allés alerter dans la rue de Grenelle.

Nous avons cherché à obtenir des explications à ce sujet de la part de Mme L’Hermite mais nous n’avons pu jusqu’à ce jour les obtenir, cette dernière étant en clinique, ou en convalescence, à la suite d’une intervention chirurgicale.

Mais la confirmation de cette supposition est apportée aujourd’hui par l’ancien concierge du même immeuble qui, à l’époque, avait fait une déclaration similaire à celle du colonel L’Hermite. »

Dans son réquisitoire du 1er juillet 1950, le procureur de la République, Antonin Besson, écrit :

« Le sieur L’Hermite Jean, 63 ans, colonel d’aviation en retraite, depuis lors décédé, a affirmé, en effet, dès la toute première enquête de police, que, locataire d’un appartement dans l’immeuble de la rue de Grenelle situé en face du boulevard des Invalides, il avait entendu d’abord crier ‘Au voleur !’, puis la détonation d’un seul coup de feu, suivie immédiatement d’un grand cri.

Ce témoignage est corroboré par celui de M. Roland Lévy. Celui-ci, dans sa lettre déposition du 3 décembre 1945, a rapporté en effet que l’un des spectateurs arrivés sur les lieux peu après le drame, venant de l’Esplanade des Invalides, et donc distinct du colonel L’Hermite, déclarait avoir, lui aussi, entendu crier ‘Au voleur !’ avant le coup de feu. »

Dans une lettre du 10 juillet 1950 à la Chambre des Mises en accusation de la Cour d’Appel de Paris, Cécile Denoël écrit :

« Le réquisitoire définitif insiste sur le cri poussé par la victime : ‘Au voleur’. Un seul témoin a entendu ce cri : le colonel L’Hermite, aujourd’hui décédé.

Le réquisitoire dit bien qu’un deuxième témoin a entendu ce cri, en l’espèce un vieux monsieur que M. Pierre Roland-Lévy aurait vu arriver sur les lieux après le crime. Le réquisitoire définitif dit qu’il s’agit d’un deuxième témoin. Je pense, moi, qu’il s’agit purement et simplement du colonel L’Hermite ».