L'affaire Robert Denoël

Première enquête :

du 3 décembre 1945 au 25 janvier 1946

 

Le dimanche 2 décembre vers 23 heures, l'inspecteur principal Ducourthial, assisté des inspecteurs Pelletier, Boulanger et Auger, se rend sur les lieux de l'attentat. Ils sont rejoints ensuite par M. Joseph Duez, commissaire de police du quartier du Gros-Caillou.

« A notre arrivée sur les lieux, nous apprenions que M. Denoël, qui avait été transporté à l'hôpital Necker par le car " Police-Secours " du 7ème arrondissement, y était décédé, dès son arrivée, sans avoir prononcé une parole. Son cadavre avait été découvert sur le trottoir côté des numéros impairs de la rue de Grenelle, au point où il fait l'angle avec le ministère du Travail.

Le gardien de la paix stagiaire Testud Yves, n ° de collet 17.950 du 7ème arrondissement, qui avait été le premier à intervenir immédiatement après avoir entendu la détonation d'un coup de feu, avait trouvé le corps étendu sur le dos, les bras en croix, la tête en direction de la station du métropolitain " Varenne ". A côté de l'une des mains de la victime, se trouvait un cric d'automobile et à proximité de l'autre, une manivelle, non déployée, servant à manoeuvrer le cric.

Les gardiens de la paix nous remettent une balle du calibre de 11 mm, paraissant avoir été tirée par un pistolet du type " Colt ". Un morceau de tissu adhère à cette balle qu'ils disent avoir trouvée dans les vêtements de la victime. Nous avons déposé cette balle à Monsieur Pinault, commissaire divisionnaire, chef de notre service.

Au poste central du 7ème arrondissement, rue de Grenelle, se trouvait une dame Loviton, se disant amie de la victime. Elle prétendait que l'attentat avait été commis peu de temps après qu'elle eût quitté M. Denoël pour se rendre au poste de police, où nous nous trouvions, afin d'y demander un taxi pour se rendre au théâtre de la Gaîté. »

Ducourthial prend sa déposition, avant d'aller examiner les lieux de l'attentat : « La voiture, une Peugeot du type 302, immatriculée sous le n ° 4848 RN 5 appartenant à Mme Loviton, véhicule conduit par M. Denoël, stationnait à l'angle du bld des Invalides du côté du square, le long du trottoir opposé à celui où la victime s'était écroulée.

La roue avant droite était à plat, le coffre arrière était ouvert. Sur le trottoir se trouvaient le couvercle de la roue de secours, ainsi que le cric et la manivelle de cric qui avaient été rapportés auprès de la voiture par les gardiens de la paix. A l'avant du véhicule, on remarquait une toile et une genouillère en caoutchouc, ce qui paraissait indiquer que M. Denoël se disposait à changer la roue lorsqu'il a été agressé. Son pardessus se trouvait sur le siège avant de la voiture. »

Il se rend ensuite à l'hôpital Necker : « Le corps de M. Denoël reposait à la salle des morts. Il s'agissait d'un homme grand et de forte corpulence. On ne remarquait aucune trace de violence. La mort était consécutive à une blessure par balle dont l'orifice d'entrée se remarquait au-dessous de l'omoplate gauche et la sortie, en dessous du téton droit. Le corps avait été traversé de part en part, en diagonale, suivant une trajectoire sensiblement horizontale, par le projectile qui a été retrouvé dans les vêtements de la victime.

On relevait des traces correspondant à ces orifices sur les vêtements qui ont été saisis. Aucune trace de poudre ni de brûlure ne se trouvant sur le veston, nous permettait de déduire que le coup de feu n'avait pas été tiré à bout portant.

Enfin, rien n'avait été dérobé à M. Denoël, si l'on s'en rapporte aux déclarations faites par Mme Loviton, à laquelle nous avons énuméré les objets retrouvés sur lui lors de sa fouille à l'hôpital Necker. Il possédait notamment une somme de douze mille francs.

La douille du projectile a été retrouvée sur les lieux de l'attentat, le lendemain matin par les gardiens de la paix. Elle se trouvait sur le trottoir, à environ un mètre en avant de la voiture; ce qui paraît indiquer que le coup de feu a été tiré à cet endroit, vraisemblablement au moment où M. Denoël s'enfuyait pour échapper à son ou ses agresseurs. »

Il rend compte ensuite de son enquête : « Dès les premières heures de l'enquête, nous avons tenu à ce que Mme Loviton, qui était gardée à vue au poste central de police du 7ème arrondissement, à notre arrivée, ne soit relaxée qu'après avoir vérifié ses déclarations sur le point de savoir si elle était bien seule avec la victime lorsqu'elle la quitta, boulevard des Invalides, pour se rendre au poste de police. »

L'un des inspecteurs se rend rue de l'Assomption pour y entendre Sidonie Zupanek, la bonne de Jeanne Loviton : elle déclare que Denoël et sa patronne ont quitté la maison vers 20 heures 30 sans lui faire part de leurs intentions [voir Témoins].

Les policiers questionnent la sentinelle qui était de faction devant l'entrée des Invalides, et le garde républicain qui était de faction à la porte située au n ° 2 du boulevard des Invalides, après le square, à une centaine de mètres du lieu de l'agression.

Le soldat Albert Carrier a pris sa garde de 20 à 22 heures à l'intérieur de l'entrée principale des Invalides : il n'a rien vu ni entendu, pas même la détonation du coup de feu.

Le garde républicain Jean Gérard, déclare : « Vers 21 h. 30, alors que j'étais de faction à la porte A, donnant au n ° 2 du boulevard des Invalides, à l'intérieur du jardin et non dans la guérite qui se trouve sur le trottoir, j'ai entendu une ou deux fortes détonations, suivies immédiatement d'un cri prolongé.

Etant immédiatement sorti dans la rue pour voir ce qui se passait, j'ai aperçu deux ombres à l'angle du bld des Invalides et de la rue de Grenelle, puis j'ai vu un gardien de la paix venir dans ma direction et téléphoner de l'avertisseur ‘police-secours' qui se trouve en face de la guérite, sur le trottoir opposé. »

Les inspecteurs recueillent les témoignages du concierge et d'un locataire du 142 bis de la rue de Grenelle, immeuble faisant face au boulevard des Invalides.

Gustave Pavard, 58 ans, est le concierge de l'immeuble : « Le dimanche 2 décembre, je me trouvais dans ma loge lorsque, vers 21 h. 20, j'entendis une détonation et un cri provenant du dehors. Intrigué, je sortis aussitôt et dans la rue, je remarquai plusieurs personnes rassemblées autour du corps d'un homme allongé sur le trottoir d'en face. »

Le colonel en retraite Jean Lhermite, 63 ans, habite un appartement au 6e étage : « Je me trouvais dans une des pièces de mon appartement dont la fenêtre donne sur la rue de Grenelle, juste en face du boulevard des Invalides, lorsque dans la soirée du dimanche 2 décembre, à une heure que je ne saurais préciser, j'entendis successivement et à courts intervalles, d'abord crier " Au voleur " puis la détonation d'un seul coup de feu, suivie immédiatement d'un grand cri. Ouvrant aussitôt ma fenêtre, ma femme et moi avons aperçu un rassemblement de plusieurs personnes à l'angle de la rue de Grenelle et du bld des Invalides, sur le trottoir du ministère du Travail.»

Ducourthial consigne ensuite par procès-verbal les déclarations d'Yves Testud, gardien de la paix stagiaire :

« Hier soir, je suis parti du poste de la rue de Grenelle, vers 21 h. 15, afin d'aller prendre mon service au ministère du Travail, situé au 127 de cette rue.

A une vingtaine de mètres du poste, face à l'ancien ministère des P.T.T., j'ai rencontré une femme qui m'a demandé l'adresse du commissariat de police. Pensant qu'elle pouvait chercher un stationnement de taxis, je lui ai demandé ce qu'elle désirait. Elle m'a déclaré qu'effectivement, elle désirait avoir un taxi. Je lui ai alors indiqué le poste central, et l'ai vue partir dans cette direction.

Continuant mon chemin pour me rendre à mon point de service, j'ai rencontré mon collègue qui venait au devant de moi, à l'angle de la rue de Bourgogne et de la rue de Grenelle. Il m'a passé les consignes, puis s'est éloigné en direction du poste, tandis que je poursuivais mon chemin.

En arrivant devant le 123 de la rue de Grenelle, j'ai entendu une détonation et aperçu au même moment deux hommes qui, sortant du ministère du Travail, se dirigeaient vers le boulevard des Invalides. Je me suis moi-même porté dans cette direction d'où paraissait avoir été tiré le coup de feu.

Comme j'arrivais devant la porte du ministère du Travail, les deux hommes que j'avais vus en sortir sont revenus vers moi, me déclarant qu'un homme venait d'être blessé à l'angle du bld des Invalides et de la rue de Grenelle.

En leur compagnie, je me rendis à cet endroit où j'ai vu un homme étendu à terre, sur le trottoir longeant le ministère du Travail, boulevard des Invalides.

Cet homme, étendu sur le dos, parallèlement à la bordure du trottoir, avait la tête en direction de la station de métro " Varenne ". A côté de sa main gauche, il y avait une manivelle et à côté de sa main droite, un cric. Je suis allé prévenir " Police-Secours " à l'avertisseur situé à l'angle de la rue de Varenne et du boulevard des Invalides, tandis que les deux hommes qui m'avaient appelé gardaient le corps. Lorsque je suis revenu sur les lieux, plusieurs personnes entouraient la victime.

Je puis vous préciser qu'entre le moment où j'ai entendu le coup de feu et le moment où je suis arrivé près du corps, je n'ai vu personne s'enfuir dans la rue de Grenelle ou traverser cette rue. Les deux seules personnes que j'ai vues à ce moment sur les lieux sont les deux hommes qui m'ont prévenu qu'un homme était blessé ».

Ducourthial note que si les déclarations de Testud sont importantes, car « elles permettent d'établir d'une façon certaine que Mme Loviton ne se trouvait pas sur les lieux de l'attentat au moment où celui-ci s'est produit, on peut dire qu'elles auraient pu nous apporter davantage de précisions s'il s'était montré un peu plus alerte devant un cas semblable.

On conçoit, en effet, assez mal qu'ayant entendu la détonation au moment où il se trouvait devant le n ° 123 de la rue de Grenelle, il ne se soit pas porté plus rapidement sur les lieux. En effet, d'après lui, les deux personnes sortant du ministère du Travail situé au 127 de cette rue, eurent le temps d'aller jusqu'à l'angle du boulevard des Invalides et de revenir pour le prévenir que quelqu'un avait été blessé. »

On peut même dire, en mesurant la distance qui sépare le n°123 du n°127, que l'agent Testud a pris son temps ; confronté à un premier incident violent, la jeune recrue s'est-elle sentie des semelles de plomb ?

« Quant aux deux personnes qui sortaient du ministère du Travail, l'une d'elles a été identifiée comme étant M. Roland Lévy, chef de Cabinet au dit ministère, lequel, consulté, nous a fourni, par écrit, la déclaration que nous déposons. Il écrit :

« Hier vers 21 h 15, je sortais accompagné d'un ami, du ministère du Travail, lorsque nous avons entendu une violente détonation, immédiatement suivie d'un cri. Le bruit provenait de la direction du bd des Invalides. Nous nous sommes précipités et avons découvert, étendu sur le trottoir, le corps d'un homme qui râlait. Un cric d'automobile se trouvait à quelques mètres du corps, ainsi que la manivelle de ce cric.

Nous sommes retournés en direction de la rue de Grenelle où nous avons immédiatement prévenu un gardien de la paix qui est retourné avec nous sur les lieux du crime. Quelques personnes se trouvaient déjà rassemblées à ce moment-là autour du corps.

L'une de celles-ci, un homme coiffé d'un chapeau sombre, a déclaré au gardien qu'il avait entendu crier ‘au voleur' avant le coup de feu. Ce témoin se serait trouvé, à ce moment-là, de l'autre côté du boulevard, en direction de l'esplanade des Invalides.

Mon ami ne peut certainement rien ajouter à ces déclarations, il n'a rien vu ni entendu de plus que moi-même.»

Et Ducourthial conclut : « Nous n'avons pas jugé utile d'entendre l'ami de M. Roland Lévy dont ce dernier n'a d'ailleurs pas cru [devoir] nous communiquer le nom et l'adresse. »

Ducourthial regrette que le gardien Testud n'ait pas entendu et relevé l'état-civil du témoin qui a entendu crier « Au voleur » dont parle M. Roland Lévy, et d'une façon générale, celui de toutes les personnes, probablement des passants, qui entouraient la victime, immédiatement après l'attentat.

Mais l'inspecteur lui-même ne cite pas le nom de l'informateur capital qui lui a permis d'identifier Roland Lévy, ce qui, rétrospectivement, jette un doute sur l'objectivité de son rapport.

Le lendemain, le commissaire divisionnaire Lucien Pinault prend les dépositions de Cécile Denoël et de Jeanne Loviton.

Cécile Denoël déclare qu'elle n'a plus vu son mari depuis deux mois. Elle ne peut donner aucune précision quant à l'attentat : « J'ai été prévenue de son décès en arrivant à l'hôpital, après avoir été avisée de son accident par la police. J'ai été prévenue de ce fait par une amie lorsque je suis rentrée à mon domicile, vers 23 heures 10, ayant passé la soirée chez des amis. Mon mari était un homme fort et courageux. Je pense qu'il s'est défendu s'il a été agressé mais je tiens à vous préciser qu'il n'était jamais armé. »

Jeanne Loviton « renouvelle les déclarations qu'elle a faites, immédiatement après l'attentat, au poste central de police du 7ème arrondissement, ajoutant que lorsqu'elle a quitté M. Denoël, boulevard des Invalides, il portait encore son pardessus et se disposait à ouvrir le coffre arrière de la voiture, pour en sortir des outils. »

Avec les éléments dont il dispose, Ducourthial croit pouvoir conclure que Denoël a été victime d'une «agression banale de la part d'un ou de plusieurs individus qui, rôdant dans ce quartier désert, à l'heure des repas du soir, à la recherche d'un mauvais coup, ont trouvé une proie qu'ils considéraient facile. »

Pourquoi « facile » ? Parce qu'il a été « interpellé » au moment même où il allait introduire son cric sous l'essieu avant du véhicule. Il n'a pas obtempéré, et s'est sauvé en traversant le boulevard en criant « au voleur ».

D'après l'endroit où fut retrouvée la douille, l'un des malandrins qui se trouvait à l'avant de la voiture « tire et atteint sa victime au moment où elle se trouve déjà sur le trottoir d'en face, à 25 mètres environ de la voiture. Ce raisonnement nous apparaît d'autant plus logique que la victime, tenant encore son cric et sa manivelle, a été atteinte par le projectile de dos et de biais, ce qui correspond à la trajectoire établie entre le point où la balle est tirée et celui où le corps a été retrouvé. »

Un rôdeur qui, armé d'une arme de poing de gros calibre, atteint sa cible à 25 mètres, le soir, cela n'est pas courant. Et on ne voit pas, si l'éditeur a pris la fuite, pourquoi il s'est chargé de deux instruments lourds. Un cric ne constitue pas une arme, et la manivelle a été retrouvée « non déployée » .

Ducourthial a une autre hypothèse : Denoël peut aussi avoir esquissé un geste de défense avec son cric et sa manivelle, puis, considérant la lutte inégale en raison de l'arme qu'il a devant lui, il crie « au voleur », veut se sauver, son agresseur tire immédiatement et il va s'écrouler quelques mètres plus loin.

Le projectile aurait alors été tiré à courte distance, mais Denoël, qui a une balle de gros calibre dans le corps, aurait trouvé la force de traverser le boulevard sans lâcher son cric et sa manivelle, avant de s'abattre sur le trottoir d'en face, et sur le dos. Difficile à imaginer.

« De toute façon », écrit Ducourthial, « au moment où il s'enfuit, il se retourne certainement pour regarder ce qui se passe derrière lui, ce qui explique que la balle l'a atteint du côté gauche et non du côté droit, comme cela aurait été le cas s'il s'était enfui sans se retourner. »

Si l'éditeur s'est retourné, ce devrait être en tournant la tête vers la droite, puisque son agresseur se trouve près de la voiture et qu'il s'enfuit en diagonale vers la rue de Grenelle. La trajectoire de la balle devrait donc passer par l'omoplate droite et ressortir sous le sein gauche. Et c'est l'inverse qui a lieu.

Ce qui est sûr, selon l'inspecteur, c'est que Denoël a crié « au voleur » et qu'il a poussé un grand cri après le coup de feu.

Deux témoins seulement ont entendu crier « au voleur » dont un, non identifié. Les autres ont seulement entendu la ou les détonations, et un cri de douleur. Et le colonel en retraite ne connaît pas la voix de Denoël.

Ducourthial écarte donc l'hypothèse du drame passionnel, puisque Jeanne Loviton se trouvait au poste de police au moment du meurtre.

Il ne retient pas davantage celle de l'attentat politique : des tueurs chargés d'abattre l'éditeur ne pouvaient prévoir la panne fortuite de la voiture qu'il conduisait. Le policier est bien obligé d'adopter la version de Jeanne Loviton, puisqu'il n'a pas fait mettre sous scellés la voiture accidentée. Seul un examen de son pneu avant droit aurait pu déterminer s'il s'agissait d'une panne fortuite.

Ducourthial se voit dans l'obligation de conclure à une agression crapuleuse, mais « un seul détail lui paraît bizarre », c'est celui de la disparition aussi rapide du ou des malfaiteurs du lieu de l'attentat, et « aucun témoin n'a vu personne s'enfuir dans n'importe quelle direction ».

Certes il y a le square des Invalides qui se trouve à cinq ou six mètres de la voiture : il suffisait aux agresseurs d'escalader les grilles et de disparaître dans les fourrés. Ses inspecteurs ont fouillé le périmètre, après vingt-trois heures, plus de deux heures après l'attentat : ils n'ont découvert aucun indice.

Derrière ce square se trouve l'esplanade : Ducourthial n'écarte pas « la possibilité d'une agression commise par un soldat américain, d'autant plus que l'arme est un pistolet de marque américaine, et que des militaires de l'armée américaine, notamment des noirs, stationnaient avec leurs camions dans le parc aménagé sur l'esplanade des Invalides. »

D'autre part il a appris que plusieurs attentats avaient été commis dans le quartier au cours des soirées précédentes ; il a donc effectué plusieurs surveillances de l'endroit : « Si celles-ci n'aboutirent pas à interpeller des malfaiteurs armés, elles nous permirent de nous rendre compte que de jeunes malandrins commettaient des vols dans les camions américains stationnés sur l'esplanade des Invalides et que ceux-ci remisaient leur butin, avant de l'emporter, dans le square dont nous avons parlé. » Son équipe a appréhendé deux vauriens âgés de 13 et 15 ans, qui ont été confiés à l'Assistance Publique.

Considérant que « toutes autres investigations s'avéreraient inutiles en l'absence d'indices » , Ducourthial fait diffuser un télégramme dans tous les services de la Préfecture de police, « afin que l'on nous fasse connaître toutes opérations en cours desquelles des individus auraient été ou viendraient à être appréhendés en possession de pistolets du type " Colt ". Seuls, en effet, l'examen et la comparaison des projectiles tirés par ces pistolets avec ceux (la balle et la douille) retrouvés soit sur les lieux de l'attentat, soit dans les vêtements de la victime, peuvent nous permettre de nous mettre sur une piste intéressante ».

Ce rapport de 11 pages in-4, chiffré « P.J. H-5563 », daté du 25 janvier 1946 et destiné au juge Gollety, comporte un feuillet d'addenda daté du 1er février 1946 : en un mois, les services de police ont arrêté dans Paris trois malfaiteurs en possession de « Colt » calibre 11 mm 45, qui ont été saisis. On ne sache pas que leur comparaison avec la balle et la douille retrouvées le 3 décembre 1945 ait donné quelque résultat.

 

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