Robert DenoŽl, éditeur

2019

 

Janvier

 

Le 22 : La Dépêche du Midi annonce une conférence d'Olivier Pons, le traducteur du livre de Roy Brown : Femme fatale, sur le thème « La vie et l'oeuvre de Jeanne Loviton », à la salle Roger-Laval à Figeac.

Le 25 : vente aux enchères à l'Hôtel Drouot de la collection François Billetdoux, où figurent des lettres de Céline à Théo Briant, Lucien Descaves ou Charles Deshayes : la plupart ont déjà subi le feu des enchères.

Le n° 258 était une collection des 400 premiers numéros du Bulletin célnien de Marc Laudelout : il a atteint 1 800 euros. L'Illustré national a trouvé preneur à 450 euros. Un amateur éclairé a emporté l'exemplaire du service de presse de Bagatelles pour un massacre, annoté par Céline, à 2 100 euros : c'était l'achat qu'il ne fallait pas manquer.

Le même jour a lieu une vente indicible où l'on trouve la plupart des livres de Céline, non pas dédicacés, mais signés. L'expert a prudemment fait suivre leur description de ce commentaire : « Signature autographe non garantie ».

C'est une vente « en ligne », où chacun peut déposer son enchère. Il faut dire que ces volumes reliés en toile quelconque, sans leurs couvertures, et avec des signatures douteuses, n'avaient pas grand'chose à voir avec les ventes prestigieuses où le moindre document se négocie à plus de 2 000 euros.

    

Je ne sais pourquoi, j'ai trouvé cette vente dérisoire assez rafraîchissante. On y trouve des enchères de 24 euros pour Bagatelles pour un massacre, de 13 euros pour Mea culpa, de 12 euros pour Les Beaux draps, de 10 euros pour L'Eglise, et tout à l'encan. Une enchère de 6 euros a été déposée pour un lot de 8 photos représentant Céline et Paraz à Meudon, en retirages récents, il est vrai. Une vente pour « gilets jaunes », en somme.

 

Février

 

Le 20 : vente à l'Hôtel Drouot d'un exemplaire de Voyage ayant appartenu à Simone Saintu : il était déjà passé en vente le 28 avril 1991 à l'hôtel des ventes de Manosque. Le carnaval des achats-ventes aux enchères ne faiblit pas. L'exemplaire, qui est numéroté sur alfa, est estimé 15/20 000 euros. Il en a réalisé 17500, frais non inclus.

A l'origine, ce volume avait été relié par Simone Saintu. Le bibliophile qui l'a acquis avait fait sauter cette reliure d'amateur pour le faire relier par Henri Duhayon, qui l'a fait parfaitement. On trouve dans ce volume deux feuillets de dédicace qui font réfléchir : « Ô l’amateur mieux qu’inspiré ! Ô le mécène inoubliable ! Qu’il réfléchisse ! Comme il va faire plaisir à M. Truchet, l’extraordinaire illustrateur de ce texte ! A Mlle Simone Santu, l’étonnante relieuse de cette bible des Enfers ! Et à M. Céline, donc, le formidable auteur de cette épopée des âmes ! Non, décidément ce n’est pas cher. Pour rien ! S’il considère que par les temps qui courent il va pouvoir ce miché (même s’il place dans cet achat la moitié de sa fortune) dormir tranquille. L’avenir est à lui. L.-Ferdinand. P.-S. : C’est par la force que fut obtenu ce suprême exemplaire Alfa. Denoël l’avait stocké. C’était la dot de sa fille. »

Le « miché » était probablement Etienne Bignou, qui avait acquis l'ouvrage on ne sait où, et qui l'a fait relier, on ne sait quand. Mais le résultat est à saluer. Quant à Victorien Truchet, artiste des cafés et des milieux du cirque, qui l'a enrichi à l'époque de 42 dessins originaux, il avait participé, en octobre 1933, à un salon populiste où il avait illustré une feuille de papier Canson portant une citation tirée du Voyage. Dès cette époque, la dédicace de Céline était connue :

Monde, 29 octobre 1933

 

Le 21 : vente aux enchères chez Millon à Nice, où figure - dans un lot - une eau-forte non datée [1935 ?] de Gen Paul représentant Céline. L'écrivain l'a dédicacée à l'imprimeur montmartrois Eugène Delâtre [1864-1938], qui a probablement tiré cette estampe dans son atelier.

 

Avril

Dans leur volume 76 d'Histoires littéraires, les Editions du Lérot publient un article du docteur Julien Bogousslassky relatif aux exemplaires tirés sur papier d'Arches de Voyage au bout de la nuit.

 

L'enquête bibliographique était difficile mais ce grand bibliophile l'a menée avec une rigueur exemplaire. C'est un sujet qui ne passionne pas le grand public mais, pour ma part, j'en suis enchanté.

Mai

Le 6 : Dépôt de toutes mes archives Denoël sur papier aux Archives et Musée de la Littérature à Bruxelles. Une fois répertorié et décrit, ce fonds sera consultable dans la base de données en ligne des AML (http://www.aml-cfwb.be/).

 

Le 16 : mise en vente par Thierry Desbenoit et Associés à Paris IXe, d'une édition inconnue de Hommage à Emile Zola. Réalisée par l'Imprimerie du « Génitron » à 25  exemplaires hors commerce pour les « Amis de Bardamu », elle comporte 14 pages non cousues sous couverture imprimée en rouge. L'exemplaire proposé est dédicacé en octobre 1962 par Louis Deville à Gérard Locardi. On connaît un peintre parisien de ce nom [1915-1998]. Louis Deville, auteur de cette brochure, était un ami d'Antoine Blondin..

 

Le 22 : mise en vente par Sotheby's à Paris du manuscrit complet de La Tisane de sarments, le premier grand roman de Joë Bousquet que Denoël publiera en mars 1936.

Composé de 4 cahiers (220 x 170) totalisant 376 pages, reliés demi-percale, sous chemise et étui cartonnés, il s'agit d'un manuscrit de premier jet, abondamment corrigé. L'estimation est de 15 000/20 000 euros.

 

Le 28 : mise en vente chez Alde d'une collection de reliures originales, dont une de Claude Debras qui recouvre un exemplaire sur vélin de Casse-pipe (Chambriand, 1949).  Cette reliure métallique avait figuré à l'exposition du Prix de la reliure originale organisé par Claude Blaizot du 9 au 24 décembre 2009. Son estimation : 800/1 000 euros.

* Pour commémorer le cinquantenaire de la disparition de Jean Proal en 1969, l'Association des Amis de Jean Proal a programmé divers événements à Digne, Forcalquier, ou St-Rémy de Provence, de mai à novembre.

Elle a aussi co-édité aux Editions Atlande trois ouvrages de Proal, dont le Journal d'Al Sola (inédit), Où souffle la Lombarde et Suite Montagnarde. (ces derniers publiés par Denoël en 1943 et 1948).

Le Journal mérite d'être relu attentivement. J'en ai donné des extraits sur ce site l'an dernier, mais je me promets d'éplucher le volume dans son entièreté. Et je salue Mme Anne-Marie Vidal et son équipe [amis.jean.proal@orange.fr] qui, vaillamment, veillent à perpétuer le souvenir de cet écrivain attachant.