Robert DenoŽl, éditeur

1994

 

Juin

 

Parution d'une biographie bien documentée mais politiquement correcte de Lucien Rebatet par Robert Belot.

 

Septembre

 

Le 10 : Décès d'Yvonne Dornès. Née à Paris XVIIe le 19 avril 1910, elle était la fille de Pierre Dornès [1878-1948], conseiller référendaire à la Cour des comptes, et d'Irène de Biedermann, juive hongroise originaire de Budapest. Le 17 novembre1930 elle avait épousé Claude Weinbach, dont elle divorça en 1936, et dont elle eut un fils, Pierre-Alain.

Elle avait fait des études supérieures de droit et d'économie politique au Cours Diéterlen, puis avait mené une carrière professionnelle dans le domaine de la communication : dès janvier 1939 elle prend le contrôle de l’agence SVP, une société de services destinée aux professionnels créée en 1935 dont elle était depuis quelques mois le conseiller technique, et entreprend sa réorganisation. Elle dirigera l'agence jusqu'en 1953.

En 1935 elle avait rencontré Jeanne Loviton, qui sera la passion de sa vie. C'était aussi une amie très proche de Suzanne Borel, avec qui elle fut chargée, en 1939, de la propagande cinématographique pour le compte du Commissariat général à l’Information. Elle participa durant quarante ans aux activités de la Cinémathèque française aux côtés d'Henri Langlois dont elle était l'éminence grise. En 1944 elle figurait, aux côtés du journaliste franc-maçon Georges Bérard-Quélin, parmi les sept membres fondateurs du très sélect club « Le Siècle », qui réunit des représentants influents de la classe dirigeante française : hauts fonctionnaires, hommes politiques, chefs d'entreprises, patrons de presse, etc.

Entre 1942 et 1946 Yvonne Dornès fut actionnaire active des Editions Domat-Montchrestien et des Cours de Droit appartenant à Jeanne Loviton, et fut mise indirectement en cause dans l'affaire Denoël, ce qui lui valut de perdre en 1947 la légion d'honneur qui lui avait été décernée à la Libération pour son activité dans la Résistance - marque honorifique qu'elle recouvra peu après grâce à ses relations politiques.

Elle fonda en 1956 la revue « Planning familial », participa activement à l'introduction en France de la pilule contraceptive, et rédigea pour Simone Veil le texte de la loi de 1975 sur l'avortement, rebaptisé depuis IVG : interruption volontaire de grossesse.

Après la guerre, déçue par la politique, elle privilégie l’engagement maçonnique pour donner une dimension spirituelle à sa vie. Elle est initiée au rite d’adoption à la loge Isis, le 22 juin 1955. Elle en devient Vénérable maîtresse en 1961. S’affiliant aux loges La Nouvelle Jérusalem et Minerve, elle sera aussi fondatrice de plusieurs autres loges, dont la loge Diana à Rouen et L’Arc-en-ciel à Paris, et participera activement à l’expansion européenne de la Grande Loge Féminine de France.

Elle fonde alors la loge Irini à Bruxelles puis, avec les Sœurs belges, La Source qui travaille au Rite Français Rétabli. Enfin, en 1981, elle fonde à Paris la loge La Française, travaillant aussi au même Rite. De 1977 à 1980, elle est élue Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France.

« Une franc-maçonne », disait Yvonne Dornès, « est une femme qui mériterait cette définition : Les pieds sur terre, l'amour dans le cœur, et la tête dans les étoiles. »